Poisson frais

Max Payne 3

Tirer sur la corde

Nous sommes en 2012 et le TPS (third person shooter, jeu de tir à la troisième personne) est devenu monnaie courante, son gameplay s’est popularisé, s’est réinventé, s’est complexifié, bref, son ADN s’est dilué dans cent jeux différents. Mais le nouveau titre de Rockstar, sorti en mai dernier, semble avoir fait l’impasse sur dix ans de jeu vidéo...

"I’d been sitting at the bar for three hours, or five years depending on the way you looked at things."

Le joueur peut à tout moment ralentir les kill cams pour profiter des effets gores.

Il y avait sans doute trop d’attentes sur ce Max Payne 3 : reprendre la série mythique de Remedy c’était une chose, la transposer au Brésil, à des kilomètres de la grisaille des deux premiers épisodes, c’en était une autre. Alléché par une excellente presse et des retours positifs, il nous a fallu mettre la main sur le morceau, intrigué par la proposition de Rockstar et du talent (apprécié ou non) de Dan Houser [1] et de ses scénaristes déchaînés. Le pitch de départ était au minimum alléchant : au fond du trou, alcoolique et drogué jusqu’à l’os, Max est engagé par les Branco, une richissime famille de São Paulo, pour jouer les gardes du corps. Tous les membres du clan se font alors kidnapper, tabasser ou tuer, au rythme d’un ou deux par chapitres (sur quatorze).

Mettant une fois de plus l’accent sur un personnage faible, coincé entre le marteau et l’enclume — comme l’était John Marston de Red Dead Redemption —, Rockstar tente de jouer la carte de la dernière chance, l’ultime coup avant la retraite que Grand Theft Auto IV nous avait épargné. L’échec est tout d’abord narratif : Max Payne 3 est trop long, un défaut pas forcément compréhensible au premier abord. La tension, sans arrêt repoussée à la scène suivante, n’offre finalement pas réellement de satisfaction directe au joueur : pas de boss, pas de montée en puissance ; tout va tout de suite très vite. Pour faire tenir tout ça sur les dix à quinze heures de la campagne solo, il a fallu sans arrêt faire trébucher Max. Il court mais tombe, encore et encore.

Le jeu offre quelques séquences énormes sur lesquelles le joueur n’a finalement aucun contrôle — ici du tir au pigeon depuis un bus.

Nous sommes devant un équivalent vidéoludique de 24 Heures Chrono : pour faire vivre chaque épisode, il faut une multitude d’obstacles et de rebondissements, parfois juteux, parfois artificiels, toujours ridicules a posteriori. Max comme Jack se retrouvent moins à affronter des ennemis puissants que des serrures bloquées, des appareils qui ne marchent pas, des pistolets qui s’enrayent... Chaque nouveau chapitre — comprendre : épisode — est une sorte de reset où Max débarque avec le minimum syndical sur lui avant de finir armé jusqu’aux dents, quand il ne le perd pas en cours de route. On reste un peu surpris par le jeu que l’on voit maladroitement s’étirer, surtout que les cinq ou six premiers chapitres arrachent un authentique sourire, tant par leur côté bourrin et la qualité des lieux visités — stade de foot en pleine nuit, forêt inondée, boîte de nuit plus vraie que nature —, que par certaines séquences grandioses — comme protéger une Brésilienne en petite tenue depuis un hélicoptère ou détruire une roquette au pistolet. De la qualité, sans le moindre doute.

Le jeu explose (ou se crashe, au choix) dès le chapitre VI, intitulé "A Dame, a Dork, and a Drunk", véritable chef d’œuvre de rythme et de tension, où le joueur fait par deux fois le niveau, avant et après une terrible explosion, et se retrouve à faire face, en guise de mini-boss, à une jeep lancée à 90 km/h sur Max Payne. La suite ? Et bien la suite, c’est la même chose, encore et toujours la même chose. Le rythme échevelé continue sur la même note, avec comme seul moyen de pression "More is better" ; le joueur est submergé sous des vagues de paramilitaires, déboulant de nulle part, tombant du ciel par grappes, de véritables zombies sud-américains qui ont déjà écumés les niveaux des quatre Uncharted.

"Just when I thought I was out, they pull me back in."

La police de caractère de Canal+ hante le jeu.

Alors qu’est-ce qui a changé depuis la sortie des premiers Max Payne ? Les jeux du début des années 2000 étaient aussi narratifs que ceux d’aujourd’hui ; les gameplays moins rodés sans doute mais plus frais ou plus audacieux ; la violence déjà présente. Alors qu’est-ce qui ne colle pas ? Les raisons narratives sont nombreuses mais n’expliquent pas tout. Depuis 2001, le TPS s’est transformé, on l’a vu se modifier et évoluer.

Du fait d’un processus d’évolution impitoyable que nous avons vécu en accéléré, le genre s’est affiné et spécialisé comme les pinsons de Darwin. Certains TPS se sont concentrés sur le système de cover (Gears of War est sans doute le meilleur exemple), la sensation de peur et d’oppression (Resident Evil 4), la coopération (Resident Evil 5, Army of Two) ou la gestion d’escouade (Binary Domain), le crowd control (Alan Wake [2]), l’agilité (la série des Uncharted) voire un peu tout en même temps dans Vanquish de PlatinumGames. Max Payne 3, lui, fait figure de dinosaure, dont l’ADN récupéré dans un moustique fossilisé lui permet de revenir d’entre les morts, ramenant avec lui son gameplay d’une autre ère et semble avoir raté le coche du sang chaud et des mammifères.

Le chapitre VI est sans équivoque un grand moment de jeu vidéo où Max, désarmé et blessé, doit survivre à tout prix.

Car, au fond, Max Payne 3 n’est pas mauvais, c’est même l’inverse, il s’agit d’un bon jeu. Tout comme Skyrim et Diablo III donnent l’impression de n’être que des versions améliorées, upscalées, de jeux plus anciens, ce nouvel épisode n’apporte rien de bien neuf avec lui, empruntant au passage son esthétique et ses sur-titres à Domino et Man on Fire deux films de Tony Scott. Sans être réellement l’ancêtre des TPS modernes, son patrimoine génétique a été utilisé maintes et maintes fois, ne serait-ce que dans le précédent Red Dead Redemption où le ralenti lors des duels y avait davantage de sens.

La qualité globale du titre, sa difficulté [3], ses animations, sa musique, son ambiance, tout cela ne sert à rien face à l’ennui généré par un level design paresseux, alignant salle après salle, qui ne se cache pas le moins du monde de proposer un cover shooter robotique, repoussant ad nauseam une fin qu’on voit pourtant venir dès les premiers chapitres. Dan Houser, le petit malin, a voulu jouer la carte du personnage tellement défoncé qu’il ne se rend pas compte du piège qui se referme sur lui, donnant au joueur un peu réveillé l’impression d’assister à accident de train… au ralenti. Reste une écriture solide quoiqu’un peu appuyée — il fallait bien évidemment que Max Payne se transforme en discrète mais ridicule critique des USA — et une multitude de petits détails qui démontrent le talent et le travail de Rockstar.

"I’d been stuck in the past so long I’d forgotten what year it was."

Les ennemis de Max Payne 3 apparaissent dans des endroits improbables, comme ceux d’Uncharted.

Mais le plus triste reste sans doute l’évidence suivante : en terminant l’aventure solo de Max Payne 3, on aura envie de se relancer une partie de Kane & Lynch 2 : Dog Days — qui se termine aussi dans un aéroport — ou de Vanquish, deux titres ultra-courts, aux budgets sans doute ridicules face au mastodonte de Rockstar, mais autrement plus concentrés et efficaces. Pliables en 4 heures montre en main, les deux titres sont trouvables pour une bouchée de pain dans les bacs à occasion ou sur les sites anglais et procureront sans doute davantage de plaisir. Les dinosaures fascinent encore aujourd’hui et sont toujours d’imposantes créatures aux dimensions impressionnantes, mais leur règne est désormais révolu.

Toutes les citations de l’article sont tirées du jeu vidéo.

Notes

[1] Cofondateur de Rockstar, il est le producteur et scénariste de GTA et de la majorité des titres du développeur.

[2] Développé par Remedy, au départ créateurs de Max Payne.

[3] Le jeu propose une barre de vie visible à l’écran, fait tout de même suffisamment rare pour être souligné.

Il y a 13 Messages de forum pour "Tirer sur la corde"
  • SebsokK Le 21 juin 2012 à 11:17

    LALALA JE LIS PAS T’ES UN HATER LALALA

  • Roots Le 21 juin 2012 à 11:21

    Chaque nouveau chapitre — comprendre : épisode — est une sorte de reset où Max débarque avec le minimum syndical sur lui avant de finir armé jusqu’aux dents, quand il ne le perd pas en cours de route.

    Exactement comme dans Alan Wake... C’est pratique pour s’assurer que les joueurs soient tous "au même niveau", mais c’est carrément frustrant quand tu parviens à la fin du niveau, après moult économies (vu que tu ne peux pas savoir à l’avance de quoi tu auras besoin), avec un arsenal de malade que tu vas intégralement perdre après la prochaine cutscene... :\

  • Stun Le 21 juin 2012 à 12:04

    Max Payne 3 me perturbre profondément, j’y vois plein de défauts mais n’arrive pas pour autant à lui en vouloir, il ressemble à un gamin qui aurait fait une bétise mais te fais un gros sourir choupinou derriere (oui choupinou, je n’ai peur de rien)

    J’étais complètement dans le jeu au début mais me suit vite retrouvé dans cette situation paradoxale "de vouloir vite en finir" avec pour autant l’intime conviction qu’il faudrait que je le relance dans la foulée. J’ai beau être une fan des premiers Max Payne, de Tony Scott (oui je sais, c’est des choses qui arrivent) et de la narration en voix off ingame, la sensation de trop m’a vite étouffé.

    Les effets graphiques "bleu jaune" n’ajoutent pas grand chose, et on est trés loin de la magie des trips hallucinés des deux premiers opus, gros regret d’ailleurs, c’était LA vrai marque de fabrique de la série pour moi. Reprise classieusement dans le dernier Uncharted et visiblement par Far Cry3.

    Dan Houser en fait un peu trop dans l’écriture, on sent qu’il veut faire "bigger, better stronger" par rapport à Sam Lake mais on trouve quelques perles :
    "What was I really doing walking in there with my bad haircut and ridiculous shirt ?"
    C’est pour ce genre de petites phrases que mon coeur est acquis à la cause Rockstar. Pour ça et leur attention à la qualité de la bande sonore, par ce que oui la musique est une grosse tuerie, et faire composer l’ost par Health était une putain de bonne idée.

  • Lex Le 21 juin 2012 à 12:07

    "la police de caractere de Canal+ hante le jeu"
    Genial !

    En tout cas, Max 3 (ouai MP3 c’est Metroid Prime 3 mec !) n’est pas pour moi. J’ai deja pas fini Vanquish ...

  • Stun Le 21 juin 2012 à 12:16

    Ah, et mon petit coté relou veut préciser que pour moi faire Max Payne 3 sur console est un non sens.
    Tout le plaisir réside dans le gameplay et la localisation d’impact ultra précis, un petit point, des petites têtes et la magie opère, une magie qui a mon avis ne peut pas marcher au pad avec un visée automatique.

  • Anthony Jauneaud Le 21 juin 2012 à 12:42

    Encore une fois, le jeu a énormément de qualités. Il ne s’agit pas de le descendre. En le finissant hier je me suis surtout énervé sur les scripts agaçants, les triches du jeu pour rendre le tout plus dur, plus fort, plus intense. De manière générale j’ai passé un bon moment mais K&L est bien meilleur dans le même trip un peu halluciné.
    Et oui, clairement Max 3 (juste remarque Lex) est fait pour PC.

  • Zinzolin Le 21 juin 2012 à 17:00

    Une conclusion qui redonne le sourire lorsque tu sais que d’autres jeux peuvent substituer ce (faux ?) mastodonte.

    il fallait bien évidemment que Max Payne se transforme en discrète mais ridicule critique des USA

    C’est à dire ?

  • BlackLabel Le 23 juin 2012 à 12:12

    Dans ses meilleurs moments, j’ai trouvé le gameplay très bon pour ma part, pas du tout dinosaure mais classique et ultra-efficace ; après il y a les nombreux problèmes de level-design qui colle pas toujours au gameplay et donc on se prend des murs en sautant ou on est coincé en cover, le painkiller généralement mal distribué, et ces fichues cinématiques pour tout et n’importe quoi toutes les cinq minutes qui massacrent le rythme de jeu.

    Je trouve étrange qu’il n’y en ait pas mention dans l’article d’ailleurs ; Max Payne 3 fait tout pour que le jeu soit sans interaction. Il n’y a pratiquement que du shoot, et même pour ouvrir une porte ou poser une bombe le jeu nous retire la manette pour nous imposer une cut-scene.

  • Jaykera Le 25 juin 2012 à 07:11

    Petite correction, le héro de Red Dead s’appelle John Marston. (pas James)

  • Anthony Jauneaud Le 25 juin 2012 à 10:55

    Tout à fait, merci pour la correction !

  • hugoi Le 9 juillet 2012 à 02:38

    N’écoutez pas le testeur il a objectivement étè payé pour buter le jeu.
    Sérieux tes arguments ne tiennent pas la route !
    Une critique des USA, tu es allé pécher sa où ? sa se passe au Brésil du con, t’es sérieux avec tes conneries ? C’est une critique de la dépravation humaine, y’a trop peu de référence au states pour que ce soit une critique.
    Ensuite, le côté "dinosaure", c’est tout simplement un jeu qui se veut être classique, on se retrouve vite a court de munitions (faut vraiment pas shooté de partout) et le jeu même en normal est putainement dure ! En plus après le mode difficile il y a encore deux modes de difficultés, pour les finir faut une sacré détermination !
    "La qualité globale du titre, sa difficulté [3], ses animations, sa musique, son ambiance, tout cela ne sert à rien face à l’ennui généré par un level design paresseux, alignant salle après salle, qui ne se cache pas le moins du monde de proposer un cover shooter robotique, repoussant ad nauseam une fin qu’on voit pourtant venir dès les premiers chapitres" cette phrase montre juste que tu dit de la merde, avoue le ! Pour toi le jeu c’est un enchainement de couloir ennuyeux ? Y’a pas deux environnement qui se ressemblent : un penthouse, une boite avec du gros son éléctro qui donne au final une scène vraiment intense, une favela labyrinthique, un cimetière, au final les environnements sont ultra variés et très bien travaillé.
    Et au final si Max trébuche, encore une fois c’est NORMAL, le sens de ce héros c’est de passer des journées de plus en plus merdique tout au long de sa chienne de vie, de badder de plus en plus, de picoler vénere en mélangeant le tout avec les antalgiques et de donner l’impression au joueur que le pauvre bougre va finir par se tirer une balle.
    Et surtout, surtout.... Trop de gens ont tendance à oublier l’aspect les plus important dans un jeu, je m’explique : quand je paye 70€ pour un jeu, c’est pas pour qu’il dure 4heures, qu’est-ce que tu nous parle d’un Kane & Lynch ou d’un Vanquish ou même d’un Army of Two que tu peut finir tous ensemble en moins d’une journée ??? En plus ses jeux sont chiants, vraiment chiant, no fun...
    Au final on peut constater que du con cherche à chipoter sur des conneries pour faire son intéressant, allez contre Rockstar qui est juste le studio le plus attaché à offrir de véritables expériences vidéo ludiques et cinématographique.
    Avoue que le jeu tu la fait après la mort de ton chien sous anxiolytique, que t’arrivais pas à jouer et que tu t’est amusé a inventé des défauts dû à ton manque flagrant d’inspiration et d’objectivité dans ton travail : tu voulais faire ton test "a contre courant" de Max Payne 3, mais tu nous a pondu une merde tellement énorme que sa fait 5 minutes que j’écrit ce putain de commentaire !!! Fait plus ça s’il te plait, il y a des gens qui pourraient ne pas profiter de cette expérience unique qu’est ce jeu

  • groupigroupilove Le 9 juillet 2012 à 09:36

    Trop de temps sur Twitter, et tu finis par tout détester.

    Un peu de sérieux, Max Payne est un bon jeu, et ses défauts n’effacent pas ses qualités (critiquer la police de caractère, sans déconner, et pourquoi pas la couleur de sa veste aussi ?).

    Le level-design n’est pas paresseux, il est adapté, on est pas dans Uncharted. Vanquish aussi est paresseux, on se tape les mêmes boss tout le temps, les niveaux sont des couloirs aussi, et je cause pas de l’histoire, y en a pas. Pourtant, on l’apprécie pour ce qu’il est.

    Idem pour Max Payne 3 : un bon TPS, bien narré, joli, long, difficile.

    Tâchons de réapprendre à aimer les choses, pas de chercher ce qui nous déplait.

  • ZAEL Le 18 septembre 2012 à 01:07

    Ba moi je suis d accord avec l auteur !! et je dirais meme plus : c est un mauvais jeu ! il m a passablement enerve avec ces cut scenes toutes les 5mn !! ça casse l action ! le heros a 2 de tension il court moins vite que quand il marche ! le multijoueur je me suis arrache les cheveux dessus les tps sont vraiment nazes en multi compare aux fps... seul bon point du jeu : des putains de graphismes faut avouer mais cela n enleve pas l ennui du jeu. Je suis au chapitre 6 et je m arrete la il m a trop saoule pourtant c est rare que je finisse pas un jeu. J ai largement prefere army of two ou meme Spec ops the line rien que niveau scenario... max payne tu es tombe bien bas tous les jeux ont evolué et rockstar a voulu faire un jeu old school... mal leur en a pris.

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