Poisson frais

Rebuild

Reconstruction faciale

Je vous vois déjà, goguenards, me rappeler qu’il n’y a pas si longtemps je clamais haut et fort à quel point l’épidémie de jeux de zombies me rendait malade. Et me voici, à peine quelques mois plus tard, à vous vanter les mérites de Rebuild, le jeu iOS qui fait se lever les morts pour nous offrir un singulier mélange de survival, de 4x et de RPG.

A ma décharge, contrairement à beaucoup d’autres titres qui utilisent les zombies comme simple prétexte au massacre à grande échelle, le jeu de Sarah Northway se montre fidèle au thème tel que l’a développé George Romero dans ses films-brûlots. Les morts-vivants, que l’on ne combat pas directement, constituent avant tout une menace permanente, d’abord diffuse, puis de plus en plus oppressante ; mais le jeu se focalise sur les survivants et leurs efforts pour rebâtir un espace civilisé après l’apocalypse. Certes, Rebuild ne propose pas comme Night of the Living Dead ou Zombies un discours politique construit, mais il donne une vision humaine, presque prosaïque, de la survie, loin de l’outrance sainguignolente habituelle. Comment continuer à vivre dans une ville en ruines, comment exploiter les lieux d’une société de consommation qu’une catastrophe a balayé ? Questions éminemment contemporaines.

Reconstruire une ville américaine moyenne en ruines

La réponse qu’apporte Rebuild est qu’il s’agit avant tout pour les rescapés de se serrer les coudes et de s’organiser. Le joueur gère un groupe de survivants aux compétences différentes : des soldats, des bâtisseurs, des explorateurs ou des diplomates… A chaque tour, il s’agit d’envoyer ces personnages en mission. S’il est de première urgence de fouiller les ruines pour trouver de la nourriture et des objets utiles, ou encore de sauver d’autres rescapés, très vite il faudra penser à étendre l’enceinte fortifiée en vidant les bâtiments des zombies qui y errent, se mettre à cultiver les champs, et même à pratiquer de la recherche. Dans la plus pure tradition du RPG, chaque mission permet en outre de développer la compétence afférente du personnage, ce qui invite le joueur à spécialiser ses survivants, tout en étant suffisamment flexible pour s’adapter à la situation. Car si les règles sont relativement simples et intuitives pour être comprises en une ou deux parties, le jeu ne manque pas de profondeur stratégique, notamment à partir du troisième niveau de difficulté, qui exige de prendre des décisions risquées et d’anticiper les dangers, sous peine d’être submergé.

A la fin de chaque tour, la forteresse risque d’être attaquée

Les bâtiments de la ville ont leur fonction propre : l’hôpital permet d’éviter que les blessures ne s’infectent, le laboratoire sert à la recherche, les appartements et les champs sont nécessaires pour loger et nourrir les réfugiés… Mais il faut aussi songer à maintenir le moral des troupes, que ce soit en ouvrant un bar ou en laissant un illuminé prêcher dans une église abandonnée. Il est ainsi indispensable de planifier l’extension de la zone reconquise, sans chercher à s’étendre trop vite : les hordes de zombie auraient vite fait de reprendre un lieu trop isolé, massacrant au passage quelques uns des survivants. Pour éviter cela, il est évidemment possible d’améliorer ses défenses ou de laisser des sentinelles, mais tout est une question d’équilibre : plus le temps passe, plus les morts-vivants sont agressifs, il s’agit d’être preste. Plusieurs conditions de victoire sont possibles : occuper trente immeubles avant de capturer l’hôtel de ville et de voter une constitution pour la communauté ; trouver un moyen de fuir les lieux, que ce soit par hélicoptère ou en délogeant une bande de sa forteresse. Mais à vrai dire, dans Rebuild, l’essentiel n’est pas tant la destination que le parcours, qui bénéficie d’une atmosphère très travaillée.

Sarah Northway a réussi un coup de maître en négociant [1] avec Jared Blum et Billy Gould, bassiste historique de Faith No More — excusez du peu — le droit d’utiliser les pistes de leur bel album d’ambiant, The Talking Book. Tendue, sombre, déconstruite, déchirante, la bande son évoque parfaitement le désespoir d’une civilisation au bord du gouffre, et contribue à nous river à l’écran. Mais cette heureuse rencontre ne suffit pas à expliquer l’attrait de Rebuild. Un peu comme dans le vénérable X-Com, le joueur ne peut manquer de se prendre d’affection pour les personnages qu’il a fait progresser : il n’en sera que plus affecté quand son super soldat ou son maître bâtisseur succomberont lors d’une attaque zombie. Cela est d’autant plus vrai que chaque individu a une apparence générée aléatoirement, système rudimentaire mais efficace pour lui conférer une identité. Enfin, Rebuild se distingue par son écriture. Non seulement chaque rapport de mission est l’occasion d’un petit texte aussi cynique que drôle, mais des les événements aléatoires (raids de gangs, crises de folie…) et des intrigues secondaires bien construites viennent pimenter la partie. Faut-il laisser un scientifique génial mais allumé s’enfermer dans un laboratoire pour y mener ses recherches ? Est-il judicieux pour le meneur du groupe d’assurer ses arrières en se construisant un abri à l’écart ? Autant de petits détails qui confèrent au jeu épaisseur et mystère.

Les personnages deviennent vite attachants... mais un accident est vite arrivé !

La version iOS de Rebuild est en fait une adaptation améliorée de Rebuild 2, disponible sur Armorgames. Bien qu’initialement conçu sous Flash, le jeu fonctionne parfaitement sur portable, offrant juste ce qu’il faut de complexité pour nous passionner, tout en permettant de jouer sur un petit écran et par brèves séances : la finition est digne d’un jeu Kairosoft. En mêlant 4x, RPG et survie, Rebuild se montre à la fois prenant, angoissant, et léger. En prime, Sarah Northway offre un beau lifting au jeu de zombie, ce qui n’est pas la moindre des gageures.

Notes

[1] Comme elle l’explique dans un entretien avec Tom Chick de Quartertothree.

Il y a 5 Messages de forum pour "Reconstruction faciale"
  • sseb22 Le 13 juin 2012 à 10:48

    Argh ! Il vient de passer de 0.79€ à 2.39€ il y a une semaine :o

  • Martin Lefebvre Le 13 juin 2012 à 10:54

    Tu peux toujours te faire la main sur la version Flash... Mais objectivement il les vaut ses 2€39. :)

  • Steph Le 13 juin 2012 à 13:54

    Pfff Martin a raison qu’est-ce qu’il a l’air nul ce jeu ! Je ne l’achèterai pas !

    sseb22 : yaka lancer une campagne de dénigrement et le marché ajustera le prix automatiquement ;)

  • Laaris Le 14 juin 2012 à 14:45

    J’ai testé hier la version flash, je ne sais pas si elle offre moins de possibilités que la version iOS mais je trouve que ça devient vite répétitif.

    Le jeu se résume à une succession d’itérations : scout / kill zombies / recruit / scavenge food / reclaim et on recommence avec le bâtiment suivant.
    Tout en vérifiant régulièrement qu’on a assez de soldats affectés à la surveillance des murs et en formant les petits nouveaux.

    Après 70 jours il ne s’est pas passé grand chose pour me sortir de cette routine (un mort de temps en temps et c’est tout).

  • Martin Lefebvre Le 14 juin 2012 à 16:00

    Je n’ai pas testé la version Flash donc je ne peux pas te dire... Après, oui c’est un peu répétitif comme beaucoup de jeux du genre, mais quand tu y joues en difficulté supérieure (à partir de challenging) les décisions deviennent assez vite tendues, et puis je trouve que l’atmosphère et les événements aident bien à faire passer la monotonie.

    Il me semble avoir lu quelque part qu’ils ont ajouté des événements dans la version iOS maintenant que j’y songe.

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