Poisson frais

Final Fantasy XIII-2

Les montres molles

S’il y a un reproche qu’on ne peut pas faire aux récents Final Fantasy, c’est de se reposer sur les lauriers passés. Certes, la licence assure à Square-Enix un capital d’intérêt, qui ne va d’ailleurs pas sans son lot de mauvaise humeur, mais le développeur n’hésite pas à remettre en cause la recette qui a fait le succès des épisodes précédents. La série a toujours évolué par remixes et chambardements successifs, y compris en cours de route comme sur le douzième volet. Après un FF XIII accueilli avec une froideur sans doute trop marquée, FF XIII-2 propose un recyclage de plus, sous le signe du voyage temporel.

C’est la seconde fois que Square accole un petit deux au chiffre romain signalant un épisode de la série majeure. FF X-2, sorti en 2003 sur PS2, proposait un épilogue sur le mode mineur à la grande quête oedipienne de FF X (2001). Mal-aimé des fans, le jeu n’était pourtant pas dénué de charme : son côté girl-power, son système de combat en temps réel, sa musique pop et funky en faisaient une attrayante distraction. Le principe même du recyclage d’un univers et de décors développés à grands frais n’était pas dénué de sens. Pourquoi réinventer la roue à chaque fois ? Dès l’annonce du développement de FF XIII, Square avait ainsi prévu de décliner l’univers à travers plusieurs jeux. On sent pourtant bien que les nombreux reproches formulés à l’encontre de l’épisode principal, jugé à tort ou à raison trop linéaire, ont influencé le développement de ce petit deux. Le remix se fait ainsi remédiation.

Et FF XIII-2 nous parle bien de remédiation, à travers un scénario aux circonvolutions baroques. Les sauveurs de Cocoon sont mis au repos, et c’est Serah, la jeune fille en détresse de FF XIII, qui doit à son tour retrouver sa sœur, et « sauver le futur » par la même occasion. Elle est assistée de Noel, un adolescent revenu de la fin des temps, apocalypse mélancolique, pour changer l’avenir. Nos deux voyageurs temporels, lisses et bien coiffés, ne nous feront pas oublier Lightning, Fang ou même la délicieusement cruche Vanille, qui ne font que de la figuration dans cet épisode. C’est d’ailleurs une impression qui prédomine au fil du jeu : FF XIII-2 a surtout le mérite de nous rappeler les qualités du treizième volet. Ainsi, on comprend mieux pourquoi Square s‘était efforcé de nous faire assimiler petit à petit les subtilités du système de combat, qui manque ici d’efficacité faute de contraindre le joueur à varier ses stratégies face à des ennemis trop peu pugnaces. Les affrontements y perdent tant en beauté chorégraphique qu’en intensité. L’univers, dans lequel on peinait il est vrai à entrer durant les premières heures de FF XIII, offre quant à lui, pour peu qu’on ne soit pas totalement réfractaire à son kitsch opératique, une mythologie plutôt intrigante, et Gran Pulse propose toujours des paysages à couper le souffle. Si seulement une trame narrative plus forte et des dialogues plus efficaces servaient mieux un tel décor… Et que dire d’une bande son oscillant entre pop sirupeuse et métal FM ? Serah a des goûts d’adolescente, heureusement qu’elle pique de temps en temps les meilleurs disques de sa grande sœur.

Ce n’est pas que XIII-2 ne dispose de qualités propres. La gestion des monstres qui combattent au côté des deux héros est plutôt prenante, façon Pokémon ou Dragon Quest Monsters : Joker. Et puis surtout le principe du voyage temporel, s’il n’est pas nouveau, est toujours l’occasion de trouvailles scénaristiques. Serah et Noel passent d’une époque à l’autre, ce qui permet de revisiter certains lieux clefs, et de constater les changements, pas toujours positifs, dont ils ont été les artisans. La contrainte imposée du recyclage a le mérite de forcer les scénaristes à imaginer une histoire cyclique, à nous emmener dans des embranchements chronologiques, propices à l’exploration. On regrettera simplement que le principe ne soit pas mené à son terme, une bonne part du contenu étant relégué au post-jeu, ou lié à des quêtes facultatives agaçantes faute de clarté. Cette manie des développeurs japonais de vouloir nous faire acheter le guide officiel n’est pas à leur honneur.

Le volontarisme des personnages, qui font tout pour éviter la catastrophe prévue, est plutôt rafraichissant, et la dernière partie du jeu réserve quelques uns de ces bons moments de mélodrame auxquels la série nous a habitués. On appréciera aussi de revoir Hope, l’adolescent geignard de FF XIII, qui avec quelques années de plus joue un rôle clef dans l’aventure. Inventeur de multiples deus ex machina, il tentera de trouver des solutions technologiques pour prévenir la fin du monde… au risque de la précipiter. Lightning, la sévère héroïne, s’adoucit en une figure divine, valkyrie à présent plus maternelle que furieuse ; ses apparitions contribuent au mysticisme d’une quête qui ne cache pas ce qu’elle doit aux récits mythologiques, version pop.

Tout cela n’est pas trop mal, mais malheureusement FF XIII-2 pâtit d’un effet modèle réduit. Bouclée en moins d’une trentaine d’heures, parfois confuse, l’aventure, si elle n’est jamais déplaisante ne parvient jamais non plus à se rendre nécessaire. Square peine à égaler son chef d’œuvre des années 90, Chrono Trigger, dont l’ombre plane sur ce dernier rejeton, trop vite poussé, léger et un peu vain. Recyclé, braillard, fait de bric et de broc, de pièces qui ne s’emboîtent pas toutes comme elle le devraient faute d’une direction cohérente, FF XIII-2 a tout d’un ersatz ; pas déplaisant au demeurant, mais relativement fade et anodin. On a parfois l’impression que les talentueux créatifs de Square Enix travaillent chacun dans leur coin, sans se parler : d’un côté les artistes créent de fabuleuses cités futuristes, dans un autre bureau on perfectionne un système de combat aérien, une équipe se charge de multiplier les quêtes et les activités secondaires, mais le tout manque d’une colonne vertébrale, d’un vrai liant narratif.

Pour sauver le futur, il faudrait que s’impose une vision d’avenir. Jeunes et beaux, les héros de FF XIII-2 ne savent pas vraiment où aller, trop lisses pour avoir de réelles aspirations. Le jeu se termine sur un énigmatique à suivre. On ne demande pas mieux, mais on espère un peu plus de nerf que n’en n’ont les montres molles de cet épisode mineur.

Il y a 3 Messages de forum pour "Les montres molles"
  • André Balso Le 2 mars 2012 à 11:30

    Pour qui déteste FF XIII (c’est mon cas, et pourtant je n’ai rien contre les "couloirs"), ça ne donne pas envie de voir la suite... La démo de ce XIII-2 ne me motivait pas franchement, mais là je vais faire des économies, c’est certain. Sinon... Dungeon Quest Monsters : Joker ? Ce n’est pas plutôt de DRAGON Quest Monsters : Joker dont tu parles ?

  • Martin Lefebvre Le 2 mars 2012 à 11:38

    Corrigé, merci. Notre secrétaire de rédaction sera fouetté car ce papier est sorti bourré de paradoxes grammaticaux. Flûte, c’est moi le secrétaire de rédaction.

    Après FF XIII-2 est un jeu tout à fait compétent, pas désagréable, j’en ai eu pour mes 50 €... Mais j’aime bien le XIII, c’est vrai. Disons que ce petit deux est plus léger et un peu plus ouvert que son prédécesseur, ce qui pourra plaire à certains joueurs, mais qu’il est dans le même délire pop-opéra-kitsch-underage anorexiques, faut aimer. J’avoue que ça ne me dérange pas, avec un peu de recul.

    Ce qui m’embête plus c’est que le jeu ne va pas au bout de ses bonnes idées, parce qu’il est fouillis et qu’on sent qu’il a été développé de manière un peu précipitée.

  • Bengali Le 21 mars 2012 à 09:10

    J’ai particulièrement apprécié l’ambiance générale, cette non distinction entre la réalité, le rêve, le temps vécu de celui restant à vivre, la projection astrale du sens de la vie. Et surtout, le ’A suivre ...’ ils ont osé !
    L’espace-temps est mou, très mou, il se déforme au gré des masses. Lightning modifie la trajectoire des photons, nous révélant par la même occasion une lentille gravitationnelle nous offrant le privilège de comprendre l’origine des temps.

    En Europe, et aux Etats-Unis, pendant ce temps, les joueurs s’affrontent à coups de lance-roquettes réalistes (et réels) ......... et de simulations, à chacun son rêve.

    Entre Journey, et ce petit FF-XIII, je me dis que le jeu réaliste de bas étage dispose encore de beaucoup d’avenir devant lui. Et pourtant, ces joueurs ne sont pas contre regarder un petit tableau de Dali par-ci, par-là ... essayez de comprendre.

    A suivre.

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