Surgelé

Speed Busters

Le démon de la vitesse

Dès l’introduction tournée sous acide, le ton est posé. « Dans un coin perdu des USA, Un policier a gagné un million de dollars à la loterie... Depuis, il redistribue son argent ». Bienvenue, bienvenue dans ce monde parallèle cartoonesque et bigarré où vous faire flasher par la police vous rapporte du pognon.

Entrez donc, ne soyez pas timide ! Prenez place dans le cockpit de la solide-mais-un-peu-molle Bel Ray. Vous préférez La Orion ? Alors vous êtes un perdant né, mais qui suis-je pour juger. Ma favorite ? La reine du dérapage moyennement contrôlé, la bien nommée Pirate. Et si vous désirez qu’on vous installe un aileron et des flammes sur le capot — car quitte à griller ses concurrents sur la ligne d’arrivée, autant le faire avec swag — c’est possible.

Votre choix est fait ? Vous êtes prêt à vous tirer la bourre sur les routes gelées du Colorado, ou au travers des plateaux de cinéma de Californie. Envie de voir la Zone 51 ou le bayou ? Tout est possible. Speed Busters, c’est un instantané d’une Amérique de cinéma, du Mexique au Canada en soixante secondes chrono. A se demander pourquoi certains s’ennuient encore à vouloir modéliser tout le continent. Profitez de votre virée à tombeau ouvert pour admirer le travail d’orfèvre des développeurs. Chaque véhicule a sa conduite, chaque tracé son caractère, chaque circuit restera gravé dans votre mémoire.

Les mauvaises langues argueront qu’on a le temps de peaufiner les détails quand on propose seulement sept circuits et huit voitures, et elles auront raison. Mais ne laissez pas ces basses considérations comptables vous détourner de votre objectif : Finir à la première place bien sûr, mais surtout vous faire flasher. Plus vous écraserez le champignon en passant devant les forces de l’ordre, plus vous gagnerez d’argent. Sésame vers l’amélioration de votre moteur ou l’achat de ce bolide qui vous fait tant baver, et donc vers plus de vitesse.

Bien sûr, la plupart des radars sont placés à la sortie d’une chicane, ou avant un virage dangereux. Car trois ans avant Burnout, les gars d’Ubisoft Montréal avaient déjà pigé que la prise de risque et la conduite agressive se récompensent. Apprenez donc à cramer vos derniers centilitres de nitroglycérine en passant devant les radars, les yeux rivés sur votre compteur de vitesse, pour mieux planter votre bolide dans le virage suivant.

Quand on traverse la vie à toute berzingue, l’hésitation est synonyme de crash assuré. On touche au stade réflexe. Heureusement que Speed Busters ne propose que sept circuits. Car il faut les connaître par cœur, mémoriser chaque virage, chaque raccourci, chaque piège pour espérer gagner. Le vainqueur aura pratiqué tous les tracés en boucle, en aura tiré la trajectoire optimale, connaîtra le cycle de ce foutu Tyrannosaure qui traverse le boulevard, ou de ce bus de touriste qui s’amuse à lui barrer la route. C’est au prix d’un entraînement ascétique qu’il arrachera la première place.

Choisissez bien votre bolide, car la conduite déjà capricieuse devient infernale lorsqu’on a eu le malheur de choisir une savonnette (ne prenez pas la Orion , je vous aurai prévenu). Sa difficulté ainsi que sa physique intransigeante sont certainement responsables — à égalité avec son contenu famélique — de l’échec commercial de Speed Busters. Assez paradoxalement, c’est cette conduite sans pitié qui lui donne tout son sel. C’est elle qui provoque les pics d’adrénaline, qui blanchit les doigts sur le clavier. Qui fait se hérisser les poils des lombaires lorsqu’on sent le train arrière de sa bagnole partir en couille. Qui vous fait murmurer « c’était moins une » après avoir évité un crocodile qui bronzait au milieu du circuit.

Speed Busters touchait au génie quand on avait 13 ans en 1998 et qu’on recevait un jeu tous les six mois. Vingt ans plus tard, alors que toutes les bibliothèques steam regorgent de chef d’œuvres auxquels on jouera « en 2019, si j’ai le temps », je peux comprendre qu’on ait autre chose à faire que de rôder un circuit jusqu’à ce que son thème musical hante nos nuits. Speed Busters n’aura peut-être plus grand chose à vous offrir, et c’est bien dommage. Car c’est un objet plein de générosité et de surprises. Un jeu pour ceux qui rêvent d’aller vite, comme le cœur d’un lemming, comme le concorde, comme un riff de Slayer, comme Speedy Gonzalez.

Speed Busters est trouvable sur gog. Pour information, un bug empêche le jeu de se lancer sur les systèmes d’exploitation en français, et gog a mis en place ce patch pour y remédier.

Il y a 2 Messages de forum pour "Le démon de la vitesse "
  • ED209 Le 22 janvier à 10:06

    Voilà qui m’a donné envie de jouer à un jeu de bagnole (celui-ci) et de me remettre un p’tit Raining Blood dans les esgourdes. Merci Guillaume !

  • Salvador Le 4 février à 15:02

    Nom d’une pipe ! Il m’était complètement sorti de la tête ce jeu, pourtant j’avais tout de même passé un bon nombre d’heure, ado, à rager sur la physique très axé arcade et les pièges. Merci pour le ptit rappel ! Mais en effet, j’aurais du mal à y revenir.

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