Papillotes 2011

The Elder Scrolls V : Skyrim

15- La carte et le terroir

"La porte du donjon fait au moins 20 mètres de haut, tu vois ? Immense le truc j’te dis !"

Tous réunis autour de la table, les aventuriers ont repoussé les assiettes et les chopes pour discuter de leurs voyages. Le premier a longé la côte au nord et il a affronté ours polaires féroces et morses teigneux. Mais c’est avant tout un combat contre deux dragons — les jambières dans l’eau glacée, le bouclier dwemer dans une main, une hache orc dans l’autre — qu’il va raconter.

Son camarade pose son doigt sur l’ouest de la carte : "Ici, les rebelles sont très critiqués, mais la région est sinistrée. J’ai révisé mon jugement sur les Elfes Noirs avec une quête terrifiante..." et il se souvient sans peine de l’affrontement contre le squelette d’un ancien seigneur de guerre, le Lion Rouge, dont il avait entendu maintes fois les prouesses. Le troisième larron regarde sa montre. L’heure de retourner travailler est proche mais il conseille de visiter cette plaine, là, coincée entre deux montagnes. "Il y a des geysers partout, le panorama est à couper le souffle."

Depuis quelques mois, les arbres soufflent et les joueurs pestent : les manuels se font de plus en plus rares dans les boîtiers de jeu. Ubisoft a quasiment arrêté, Electronic Arts aussi. Pour beaucoup, toute cette paperasse était inutile ; mais pour d’autres, une poignée d’irréductibles, il existe le plaisir légèrement autistique de feuilleter un livret tandis que le jeu s’installe [1]. Bestheda, en glissant dans la boîte de Skyrim une carte de Bordeciel, a touché tous les passionnés [2].

Fidèle à l’esprit classique, presque académique de The Elder Scrolls, l’éditeur américain a dépensé sans compter : l’objet en lui-même est splendide. Reproduisant au toucher la lourdeur et la prestance d’un épais manuscrit, on y retrouve les villes et les régions [3], écrites dans une encre parfois un peu passée ; les noms sont sous-titrés en français pour que les joueurs du monde entier puissent communiquer ; des croix rouges qui, en l’absence d’une légende, évoquent des mystères supplémentaires, qu’il va falloir résoudre au plus vite.

Objet presque intemporel, la carte décuple l’impressionnante sensation de voyage offerte par le jeu. Ce bout de papier se balade aujourd’hui dans les sacs et les mallettes du monde entier et se déplie méticuleusement sur un bureau ou dans la cour de récré. L’énorme contenu de Skyrim et ses quêtes aléatoires transforment le spoiler, ennemi juré du joueur, en récit d’aventuriers et la quête solitaire, se transforme en une expérience à plusieurs.

"J’ai tout de suite compris que c’était les assassins... J’avais dépassé les bornes, tu comprends ?"

Notes

[1] À noter que certains éditeurs s’étaient surpassés comme Nintendo et son formidable manuel de Wario Land : The Shake Dimension rempli d’autocollants.

[2] Un amateur de la série a aussi découvert que quasiment tout Tamriel, le continent de The Elder Scrolls avait été modélisé !

[3] Le site Gamebanshee a par ailleurs posté une immense carte avec tous les lieux à visiter.

Il y a 1 Message pour "15- La carte et le terroir"
  • Alexis Bross Le 17 décembre 2011 à 11:18

    J’ai toujours aimé les cartes, que ce soit dans un jeu vidéo ou non. J’avais même pris un "beau livre" a une médiathèque, un objet énorme, sur des cartes du monde remontant jusqu’au XIIème siècle.

    Dans Oblivion déjà, il y avait une carte, très soignée. Je crois que je suis d’ailleurs plus sensible à la carte qu’au plan, notamment pour toutes les ornementations ou les informations sur l’univers en lui-même que cela apporte, parfois sur un plan mythologique.

    Et puis plus prosaïquement, une carte permet de continuer l’expérience de jeu même la console éteinte et de favoriser des échanges, comme le montre très bien le tout début de ton article.

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