Surgelé

OMSI 2

Kafka dans le bus

Depuis la sortie d’Euro Truck Simulator 2, je traîne mon Scania à travers toute l’Europe. J’ai tracté des mastodontes soviétiques dans la boue, et atteint des vitesses folles sur les rails de Train Simulator. Alors, ça n’est pas un petit bus de ville qui va me faire peur. Même un bus allemand.

Pour attaquer un nouveau jeu, j’aime à me lancer directement dans le bain, pour voir si j’arrive à me débrouiller. Sauf qu’avec OMSI 2, c’est l’impasse : j’ai le nez collé à l’arrière d’un bus. Des boutons dans le coin droit, mais aucun d’eux ne semble me mettre au volant.

Soit. Je concède cette première manche, et j’allume le tutoriel.

Démarrage à froid

Le jeu m’a fait la fleur de se lancer en français. C’est très gentil, mais il semble qu’il ait manqué de crédits pour traduire le tutoriel. Les panneaux de texte sont tristement vides. Oserai-je passer à l’allemand ? Je suis très tenté de jouer en VO, mais j’aimerais d’abord comprendre les commandes : tentons l’anglais.

Bien sûr, c’est en fait impossible. Quel monstre changerait les options dans un tutoriel ? Rien que pour y avoir pensé, on devrait me retirer mon permis de conduire virtuel. D’ailleurs, comme il n’y a pas de bouton pour revenir au menu, je n’ai d’autre solution que de redémarrer le jeu.

Avant de faire cela, peut-être que je peux lancer le tutoriel suivant, pour voir.

CRASH.

Cher OMSI 2, je crois qu’on n’est pas partis du bon pied, tous les deux. On va redémarrer calmement, choisir la langue des bus rouge à impériale, puis relancer ce fichu tutoriel.

Voi-làà. Donc ce premier nous explique comment marchent les menus. C’est bien gentil. En gros, ça m’explique comment lancer un tutoriel. C’est donc cela l’humour allemand ? S’il y a des boucles comme celle-ci dans le code du jeu, je comprends le plantage de tout-à-l’heure.

Allez, j’arrête de faire ma mauvaise langue, je suis là pour apprendre à conduire. Tuto n°2, à nous deux.

Allumer le feu

Première instruction : cliquer sur la colonne de direction pour effacer le volant du tableau de bord. Clic. Clic clic clic. Mauvais point de vue, peut-être ? Sur le côté ... vu du dessus ... Clic clic clic.

Clic, clic clic.

Au bout de cinq bonnes minutes de clic effréné sous, sur, autour du volant et généralement sur tout l’écran, le volant disparaît. Je n’ai pas repéré le pixel précis, mais c’était digne des pires point&click.

Tourner la clef. Allumer les lumières. Mettre le contact. Tiens, je l’aurais fait dans l’autre sens, mais le tutoriel a décidé d’être très dirigiste. Quand il a décidé de s’intéresser à quelque chose, c’est la seule chose sur laquelle on peut cliquer. (Par la suite, je découvrirai qu’il est également très long, et qu’on ne peut pas sauvegarder.)

Frein à main. Ah, on arrive aux vitesses.

Comment ? Ce bus est automatique ? Je peux juste régler la vitesse maximale à utiliser ? Naaaan tu plaisantes là. Tout ça pour ça ...

Je fais silencieusement mon deuil de la boîte de vitesse manuelle. Après tout, ça n’est pas plus mal, et je suppose que d’autres modèles me laisseront le plaisir de changer les vitesses. Ici par contre, il y a plusieurs options de freinage. « Attention, la pression des freins a baissé ! » Quoi, quoi ? Pitié, petit tutoriel, dis-moi comment remonter la petite aiguille ! « Il vous suffit d’allumer le contact. La pression remonte toute seule quand le moteur tourne. »

Ok. Alors qu’on soit bien clair, je n’avais pas vraiment prévu de faire joujou avec les freins moteur éteint. C’est toujours sympathique comme information, cela dit.

Lumières devant, derrière, en haut, dehors. Ouvrir les portes. Porte arrière, porte avant battant gauche, porte avant battant droit. Continuons. Essuie-glaces, très bien. Chauffage ... ça a l’air intéressant et compliqué, mais on ne peut pas s’occuper de ça plus tard ? J’étais surtout venu pour savoir comment avancer, en fait. Non ? Bon, c’est peut-être vraiment important à Rostock en hiver. J’allume donc le moteur, j’attends la température nécessaire, je manipule les quatre leviers du système de chauffage pour régler la ventilation passager, j’éteins le bazar pour finir.

Ça y est, on arrive à la fin ! « Maintenant, voyons si vous avez bien compris. Démarrez le bus. » Allez, je m’en souviens. Tourner la clef, allumer les ... euh. Monsieur OMSI ? J’ai fait ce que vous m’avez demandé mais ça ne marche pas là. Vous ne pouvez pas venir m’aider ? Non ?

Exit tutorial.

Chauffeur, si t’es champion

On ne va pas se lancer tout de suite dans les deux derniers tutoriaux. Servir des tickets, rendre la monnaie ? J’ignore superbement tout ceci. Idem pour baisser le bas de caisse lorsqu’un fauteuil roulant veut profiter de mon bolide. Pour l’instant, sans aucun remors, je serai le Mad Max de Leipzig, l’Imperator Furiosa de la banlieue berlinoise.

Bienvenue à Gründorf, ville pour chauffeur débutant. Évidemment, ce n’est pas le même bus et le tableau de bord a changé, mais au moins celui-ci est muni de gentils pictogrammes. Je parviens à démarrer, avancer, et même mettre les essuie-glace en marche (c’était finalement utile, il a encore plu).

Sans volant, la navigation à la souris fonctionne plutôt bien, comme dans Euro Truck Simulator 2. Mais comment cliquer sur tous ces boutons ? Peut-être en apprenant les nombreux raccourcis claviers ... en attendant, je me rabats sur le clavier, c’est-à-dire le pavé numérique. Je me prends systématiquement le trottoir à chaque virage. Ce n’est pas très grave, je n’ai pas de passager. Et même si je dérape vraiment trop, mon bus traverse les bâtiments ou les autres véhicules sans dommage.

Aucun plan, nulle part. Pas même une liste des lignes. Pour s’en attribuer une, il faut savoir (deviner ?) quels numéros sont disponibles, quels en sont les terminus. Je crois avoir réussi à me mettre sur la ligne 76, mais aucun passager en vue dans cette ville vide. Peut-être suis-je en retard sur l’horaire ? Angoissé par cette perspective, j’appuie sur le champignon. Tel Nicolas Cage dans À tombeau ouvert, je fonce dans cette ville brumeuse. Toujours rien.

Ah si ! Les voilà qui attendent à l’arrêt Nordspitze. J’ai failli ne pas les voir, grisé par la vitesse de mon engin. Je m’arrête, j’ouvre toutes les portes. Ils sont immobiles. Mesdames ? Messieurs ? Rien ne se passe. Le silence est pesant. De cette petite ville à l’allure tranquille transpire à présent une hostilité passive. Ils ne me regardent même pas. J’ai envie de crier, de leur dire que je suis là pour eux. Mais je n’ai pas trouvé le bouton pour faire ça.

Je ne lâcherai pas prise. S’il le faut, je retournerai dans l’enfer du tutoriel, j’apprendrai à leur parler. Je vendrai des billets, j’irai du Bauernhof jusqu’au Krankenhaus. Le bonheur n’est pas si loin. Peut-être à l’arrêt suivant.

Vous êtes sûrs que vous ne voulez pas monter ? Non parce que j’ai retrouvé comment on ouvrait les portes, alors autant en profiter ...
Il y a 3 Messages de forum pour "Kafka dans le bus"
  • posquoa Le 17 juin 2015 à 03:52

    Merci pour ces 15mins de fou rire....
    Je me suis revu dans ma jeunesses des 90’s quand on copiait les floppies mais pas les docs et on découvrait les simulateurs et autres jeux au petit bonheur la chance ce qui nous conduisait immanquablement à passer une aprem sur le tarmac d’une vague piste d’atterrissage en tentant de trouver les bonne séquences/combinaisons magiques de touches...

    Bref que de souvenir.
    Pis en plus graphiquement, ça y ressemble :-D

  • Kovax Le 24 juin 2015 à 09:54

    C’était très bien écrit et extrêmement drôle, alors merci pour cet article ! :)

  • Drago Le 13 novembre à 04:35

    Très belle histoire que ton aventure et j’adore ton humour. Il est très plaisant de te lire, on ne peut qu’apprécier. Merci pour ce moment de détente.

    Autrement, j’avais essayé à sa sortir la première version OMSI et je dois dire que j’avais galéré comme toi sur ce deuxième volet.

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