Oooh, trippy !

Child of Eden

Jour 4 : le trip lumineux

J’ai fait la connaissance de Lumi pour la première fois à… Santa Destroy. Dans la chambre de motel du No More Heroe Travis Touchdown. Celui-ci avait allumé la télé, et entre deux pornos et combats de catch lucha libre, apparut le clip de Heavenly Star, du groupe Genki Rockets. La chanson, interprétée par Rachel Rhodes (aka Lumi) et cucul-la-praline bien comme il faut, pausait agréablement l’ambiance punk is not dead du jeu de Suda51.

Plus tard, je regardais le générique défiler, et reconnut le nom de Tetsuya Mizuguchi, le créateur de… Rez. Tout semblait déjà écrit sur ce dernier, son esthétique Tron de fer, sa tentative d’incarner les théories synesthésiques de Kandinsky, sa musique électronique de rave party…

L’esprit dans la machine.

Mais il y a un point que personne n’évoque jamais au sujet de ce jeu : son scénario. Enfin, scénario… L’Internet du futur est ravagé par une intelligence artificielle et le joueur est le super hacker qui va aller dénoyauter tout ça. Le pitch n’a que peu d’importance jusqu’au dernier niveau, qui retrace l’histoire de l’évolution à travers ses décors et quelques lignes de textes entre les différentes sections (les autres niveaux en étaient dépourvus). Puis l’avatar est confronté à un remix des différents boss du jeu avant l’affrontement final, face à la fameuse IA. Celle-ci nous apparaît peu à peu sous une forme humanoïde et finira par être libérée sur fond d’une image montrant, en gros plan, une main de nourrisson. L’idée est claire (si, si) : cet esprit, né du flot d’informations d’Internet, prend conscience de son existence et se pique de postérité et d’héritage. Elle veut enfanter, et le voyage du joueur qui aura pénétré les différentes couches protégeant la matrice, jusqu’à prendre in fine l’apparence d’un fœtus, symbolise bien sûr ce désir. Qui est aussi celui d’une bonne partie de l’humanité.

Machine perd ses esprits.

Plusieurs années après Rez, incompris jusqu’au comique par la presse dite spécialisée [1], mais devenu culte pour la minorité bruyante d’Internet (le vrai), Tetsuya Mizuguchi livrait Child of Eden, suite spirituelle et vrai remake de Rez. Avec cette fois-ci des musiques de Genki Rockets, son groupe fictif, et Lumi en vedette de sa comédie musicale 2.0. À nouveau, on va penser évolution, avec un niveau qui retrace l’histoire des bactéries devenues créatures aquatiques puis célestes, un autre qui nous montrera la nature pure et innocente menacée par la pollution, encore un troisième qui nous rappellera la révolution industrielle puis la conquête spatiale avec l’homme de Vitruve faisant son jogging en guest star… Tout ça jusqu’au remix des différents boss et l’affrontement final pour libérer Lumi, genre de déesse de la Terre, des griffes d’un méchant virus corrupteur d’Eden (l’Internet du futur d’après le futur de Rez, faut suivre). De nombreux fans de Rez se sont offusqués du ton plus pop (idol) que semblait prendre Mizuguchi avec Child of Eden, Lumi ayant été particulièrement mise en avant par la campagne promotionnelle du jeu. Erreur, car Lumi reste finalement peu visible tout au long du trip, même si sa présence est subtilement signalée dans le moindre recoin d’Eden, notamment via les sons provoqués par les octolocks et Parfait du joueur qui recréent, mot à mot, ses chansons. Superbe idée.

Un jeu qui dégouline de bonheur.

Mais nous parlions scénario, puis remake. Comment donc se termine Child of Eden ? [2]Une fois Lumi libérée, on se retrouve dans l’espace, non loin de la Terre, à shooter les bourgeons d’un arbre né d’une larme de joie versée par Lumi (vous avez bien lu). Chaque bourgeon laisse échapper une photo et il faut savoir que ces photos ont été envoyées par des joueurs à la demande de l’éditeur Ubisoft, qui voulait précisément des « moments de joie » à intégrer dans le jeu. On devine alors des sourires, des bébés, des paysages… Qui pourront nous toucher, selon notre vécu. Au fond, l’histoire de Lumi est la plus banale qui soit. Celle d’une vie, de la mienne, de la vôtre. Une histoire qui nous parle. Alors bien sûr, pour une génération Y gavée jusqu’à la lie d’images et d’informations, ces quelques photos ne resteront sans doute pas grand-chose.

Mais dans un jeu d’arcade conçu pour Kinect, et bien, tout cela n’est pas rien non plus.

Notes

[1] Le test de jeuxvideo.com, notamment, est devenu aussi mythique que le jeu.

[2] Merci de ne pas venir me parler de spoiler dans le cas d’un shoot’em up, d’autant que le spoiler, comme on va le voir, n’en est pas vraiment un.

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