Secret Special Pirate Kart Weekend

Game Jams : les fabriques de jeux vidéo

En ouvrant le Pirate Kart et en découvrant pèle-mêle plus de 300 jeux, certes intéressants, mais généralement pas beaux, pas finis, pas soignés ou juste beaucoup trop courts, il est légitime de se demander ce qui peut pousser des développeurs à bâcler leurs créations de la sorte. D’où viennent tous ces brouillons, ces prototypes ? Qu’est-ce qui peut motiver une telle surproduction ? La réponse tient en deux mots : game jams.

Les game jams sont des sessions pendant lesquelles des développeurs se retrouvent, physiquement ou virtuellement, pour créer des jeux dans un temps imparti et sur un thème donné. Si certaines prennent l’allure de compétitions, il s’agit surtout pour les développeurs de mettre à l’épreuve leurs compétences et de s’entraîner à créer vite et bien dans une ambiance de franche camaraderie. Ces jams pourraient ainsi rappeler les Kino-Kabarets, dans le milieu du cinéma, dont la devise est « Faire bien avec rien, faire mieux avec peu, mais le faire maintenant » mais aussi les match d’improvisation théâtraux, les jam sessions musicales ou les 24 heures de la bande dessinée.

Les game jams sont nombreuses, et quelle que soit la période de l’année, vous pouvez être à peu près certain que l’une d’elle est en train de se dérouler en ce moment même. Certaines ne comptent qu’une dizaine de participations, tandis que d’autre en accumulent plusieurs centaines en un seul week-end. Une très grande partie des jeux ayant intégré le Pirate Kart sont issus de ces sessions : l’occasion de découvrir leur richesse et leur diversité.

Ludum Dare Compo

Ayant lieu quatre fois par an, La Ludum Dare Compo est peut-être la plus prisée de toutes les game jams. Sa dernière édition ayant réuni près de 500 développeurs, de l’amateur total à la figure emblématique (Notch). La Ludum Dare Compo consiste à créer un jeu sur un thème imposé, seul, et en n’utilisant aucun élément pré-existant, en moins de 48 heures. Elle se distingue par son classement par catégories (fun, humour, innovation...) permettant à chacun d’occuper le devant de la scène.

Un jeu issu de la Ludum Dare Compo : Crime Zone de Stephen Murphy (thème : escape)

Crime Zone
Crime Zone

Ludum Dare Jam

Sœur jumelle de la Ludum Dare Compo, la Ludum Dare Jam autorise la création d’un jeu en équipe et dans un temps imparti de 72 heures cette fois. On y retrouve donc généralement des jeux plus aboutis, mais c’est aussi une deuxième chance pour les développeurs de la Compo qui n’aurait pas fini leur jeu à temps.

Un jeu issu de la Ludum Dare Jam : \ Escape / de Joshua Schonstal (thème : escape)

\ Escape /
\ Escape /

Experimental Gameplay Project

Également très prisée, il s’agit d’une game jam plus souple qui permet d’étaler la création d’un jeu sur une durée d’une semaine. Elle ne s’adresse donc pas aux développeurs qui recherchent l’effervescence de la compétition, mais plutôt à ceux qui souhaitent explorer des gameplays expérimentaux. L’Experimental Gameplay Project est mensuelle, et s’appuie elle aussi sur un thème.

Un jeu issu de l’Experimental Gameplay Project : Motion Columns de Nicolaï Troshinsky (thème : cheap clone)

Motion Columns
Motion Columns

Assemblee Competition

Game jam ponctuelle organisée par Tigsource en Octobre 2009, l’Assemblee Competition reposait sur une idée très originale : Dans un premier temps, graphistes et musiciens devaient créer divers éléments graphiques, sprites, sons et morceaux et les soumettre à la communauté. Dans un second temps, les développeurs devaient parvenir à réaliser un jeu avec ces seuls éléments.

Un jeu issu de l’Assemblee Competition : Bang Bang Roguelution de Sos Sosowski

Bang Bang Roguelution
Bang Bang Roguelution

Versus Competition

Une autre compétition ponctuelle organisée par Tigsource. Les développeurs étaient invités à créer en moins de 40 jours un jeu multijoueur, que ce soit en ligne ou sur un même ordinateur. Un thème ingénieux puisqu’il à contraint les votants à tester les jeux en binômes.

Un jeu issu de la Versus Competition : Low Bitrate Fighter de Nicolaï Troshinsky

Low Bitrate Fighters
Low Bitrate Fighters

Blitzkast Monthly

Cette game jam mensuelle est cette fois organisée par une communauté fermée regroupant une cinquantaine de développeurs talentueux (The Poppenkast). Pour compenser leur talent, ceux là n’ont qu’une durée de quatre heures pour venir à bout de leur création. Un vrai challenge même pour les plus aguerris.

Un jeu issu de la Blitzkast Monthly : Los Mosquito de Mark Johns (thème : flying with animals)

Los Mosquito
Los Mosquito

Klik of the Month

Sans doute la plus hardcore des game jams. Il s’agit ici de créer un jeu en deux heures seulement en utilisant le logiciel Klik & Play, un outil de création sommaire (et complètement dépassé) ne nécessitant pas la moindre compétence en programmation. En contrepartie, aucun thème n’est imposé. C’est cette compétition qui a donné naissance aux premiers Pirate Karts.

Un jeu issu du Klik of the Month  : Spike Sisters de Anna Anthropy

Spike Sisters
Spike Sisters

Super Friendship Club Pageant

Dernier né en matière de game jams, The Super Frienship Club Pageant est peut-être celle qui donne à voir les jeux les plus aboutis. D’abord parce que la durée de création est étendue à un mois, ensuite parce que ce club réunit la fine fleur du jeu indé (ses pageants étant présidés par Stephen Lavelle).

Un jeu issu du Super Friendship Club Pageant : Super Cult Tycoon 2 : Deluxe Edition d’Eddie Cameron (thème : mysticism).

Super Cult Tycoon 2 : Deluxe Edition
Super Cult Tycoon 2 : Deluxe Edition

The Games Collective Pageant

Semblable en tout point au Super Friendship Club Pageant, The Games Collective Pageant est en réalité son ancêtre. Son site est aujourd’hui à l’abandon.

Un jeu issu du Games Collective Pageant : Test Subjet Infinity de Perrin (thème : negative culpability)

Test Subject Infinity
Test Subject Infinity

TOJam

Plus pompeusement appelée The Toronto Independent Game Development Jam, la TOJam réunit chaque année à Toronto une bande de développeurs acharnés bien décidés à boucler un jeu en moins de trois jours. Pas de contrainte spécifique, pas de thème mais une promiscuité grisante et l’interdiction formelle de ne serait-ce que toucher à un autre jeu vidéo que le sien durant ce laps de temps.

Un jeu issu de la TOJam : A Friendship in 4 Colours de Damian Sommer

A Friendship in 4 Colours
A Friendship in 4 Colours

Tigjam UK

Cette game jam est bâtie sur le même principe que la TOJam, sauf qu’en lieu d’un campus de Toronto, c’est dans un bistro de Cambridge que tout se passe. Elle ne s’étale que sur un week end.

Un jeu issu de la Tigjam UK : I’m Not A Bad Person Really ; I Just Have Low Self-Esteem de Bento Smile

I'm Not A Bad Person Really ; I Just Have Low Self-Esteem
I’m Not A Bad Person Really ; I Just Have Low Self-Esteem

Gamma IV

Si la Gamma IV ressemblait plus à une compétition qu’à une game jam, elle en reprenait tout de même les aspects essentiels : une contrainte de temps (2 mois), une contrainte de thème (one-button games) et l’impératif de créer un jeu seul ex-nihilo. A noter qu’elle est une des rares à avoir imposé une contrainte basée sur le gameplay.

Un jeu issu de Gamma IV : Silent Skies de Michael Todd.

Silent Skies
Silent Skies

Unity Game Contest

Là encore il s’agissait d’une compétition plus sérieuse puisque quelques 25.000$ étaient posés sur la table. Hébergé par Kongregate, sponsorisé par Unity, la seule contrainte de ce Game Contest était d’utiliser l’outil de développement Unity pour arriver à ces fins.

Un jeu issu du Unity Game Constest : Dark Acre’s Ball of steel de Dark Acre Jack.

Dark Acre's Ball of Steel
Dark Acre’s Ball of Steel

On voit donc bien que ce Pirate Kart à destination de l’IGF est un vibrant hommage à toutes ces game jams qui régissent la vie du développeur indé, il est l’occasion pour cette partie immergée de l’iceberg d’obtenir, si ce n’est une reconnaissance, au moins une visibilité au milieu des plus grosses pointures. Le nombre incroyable de soumissions au Pirate Kart est alors justifié : Pour chaque « gros jeu » présenté à l’IGF, il en existe 300 autres issus de ces exercices de style.

Il y a 2 Messages de forum pour "Game Jams : les fabriques de jeux vidéo"
  • Mysterarts Le 22 octobre 2011 à 22:45

    Article très instructif, je ne me doutais pas que c’était si répandu.
    J’ai découvert le phénomène en participant l’année dernière à une GJ, et ce fut l’une des plus intense expérience de création qu’il m’est était donné de vivre !
    Je suis étonné d’ailleurs que vous ne citiez pas la Global Game Jam (http://globalgamejam.org/) qui a la particularité d’avoir réuni plus de 6500 personnes sur le même Week-End à travers le monde, avec le même thème et plus de 1500 jeux créés :)

    Au fait, belle vie à Merlan Frit !

  • Pierre Corbinais Le 22 octobre 2011 à 23:39

    En effet, j’ai laissé de côté la Global Game Jam. C’est que je n’ai pas trouvé de jeu issu de la Global Game Jam dans le Pirate Kart. Il y en a sans doute, le contraire serait étonnant, mais j’avoue de pas tous les avoir essayé ni tous en connaître l’origine. Par contre je ne savais pas que la Global Game Jam avait eu autant de participants, je pensais que la Ludum Dare avait battu un record.

    N’étant pas game designer, j’ai pourtant moi aussi participé à une de ces game jam (la derniere LD compo) et c’était en effet une superbe expérience qui m’a donné envie de recommencer.

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