Poisson frais

Wargame : European Escalation

Fugue en sol-sol majeur pour lance-roquette

Les champs de colza bien découpés alternent avec des quadrilatères boisés. Le bocage choisi pour décor de Wargame : European Escalation ne manque pas de rappeler un échiquier. Sur ce plateau, le commandement ferait office de roi, les hélicoptères de cavaliers, et l’infanterie serait forcément les pions. Jusqu’où peut-on pousser la comparaison ?

Malgré son titre, Wargame n’a que la période historique en commun avec le film du même nom (1983) — qui a inspiré des jeux de grande stratégie, dont directement DEFCON (2006). A l’inverse, Wargame est un jeu de pure tactique, où l’on choisit quelques unités (entre autres tanks, infanterie motorisée, artillerie mobile) à disposer sur une carte, avant de les faire prudemment avancer à travers champs pour percer les points faibles de l’adversaire, tout en protégeant les siens.

AMX-30B2 ou Leopard 1A4 ?

Pour appâter l’amateur de mécanique guerrière, les développeurs ont modélisé les unités en détail. Vitesse, qualité de la vision et des stabilisateurs de tir, épaisseur du blindage sur chaque côté, jusqu’à trois armements de différentes précisions, taille du réservoir d’essence et d’autres composent des colonnes de chiffres colorés. Chiffres qu’il faudra avaler, que ce soit par une étude attentive ou l’expérience : telle unité sans stabilisateur ne servira à rien tant qu’elle n’est pas à l’arrêt ; telle autre aux optiques myopes devra être guidée par ses voisines.

Impossible donc pour le joueur moyen d’appréhender les caractéristiques de plus de 350 unités d’un coup. Aussi les concepteurs n’autorisent pour une partie qu’un sous-ensemble — un « deck » — de 25 unités aux variantes près. Le joueur ne dispose au début que d’un éventail d’unités minimal. Au fur et à mesure de la campagne solo ou des combats en multijoueur, il est récompensé par des petites étoiles qui lui permettent de débloquer quelques unités supplémentaires, et fait alors son marché en fonction des faiblesses de son deck.

Petits soldats pour grandes personnes

Cette riche armurerie contraste avec la simplicité du décor unique : plaines bigarrées, tachetées de bois bien alignés et de quelques bâtiments agricoles. Le sol est parfaitement plat, mis à part quelques plateaux posés ça et là. Précision des véhicules, abstraction du décor  : un style qui donne l’impression d’être de retour dans une chambre d’enfant en train de jouer aux Majorette, où des livres font office de collines. L’effet est probablement volontaire, au vu de la couverture du jeu.

Idem, le gameplay est très épuré. Chaque unité n’a que 4 ordres différents : attaquer, se déplacer, se déplacer rapidement en empruntant les routes, et tirer sur une position sans la voir — les deux premiers étant liés comme d’habitude au clic droit, il ne reste plus que deux raccourcis clavier à mémoriser. Grâce au moteur graphique de RUSE amélioré, la navigation sur la carte est souple, la molette de la souris zoomant de la carte toute entière — les troupes étant alors repérables par une représentation OTAN sommaire — au petit buisson qui permettra de planquer un véhicule de reconnaissance.

« Si l’ennemi est à portée, alors nous aussi »

Jeu de plateau — dans tous les sens du terme — en temps réel, Wargame est plutôt lent, à l’opposé des titres où le nombre d’actions par minutes mesure la valeur des joueurs. Besoin d’une bonne reconnaissance, inertie des véhicules, manque de précision du tir en mouvement, importance du couvert : toutes ces raisons favorisent les unités immobiles. Un joueur défensif peut presque remporter une partie sans rien faire avec un placement initial judicieux. On a donc le temps d’agir, de placer chaque unité avec la précision nécessaire ; cacher une unité en forêt peut être une bonne idée, mais elle ne verra et ne pourra tirer que si elle est à la lisière.

Il faut tout de même avancer, presser l’adversaire et le prendre de vitesse sur les points stratégiques, qui permettent d’obtenir plus de renforts. Doucement donc, on progresse, couvrant les éclaireurs, assurant un soutien logistique et une protection aérienne. Soudain, le gros de l’armée adverse est découvert et tout s’enchaîne : échanges de tir, replacement rapide, rappel d’unités trop lointaines, tentative d’encerclement ou repli. Comme toujours, il s’agit de trouver la bonne frontière entre prudence et action ; si la célérité peut être payante, la précipitation mène le plus souvent à la perte. Au final, il ne reste plus qu’à compter les coups de canon en croisant les doigts.

La campagne solo, difficile, est scriptée et passe souvent par des rechargements à répétition. De l’aveu des concepteurs, Wargame est conçu pour le multijoueur, où il excelle en ce qu’il récompense effectivement les tactiques efficaces et l’audace intelligente, sans s’embarrasser d’une interface complexe. Il manque juste un tutorial qui nous mettrait le pied à l’étrier. Passé cette barrière, et dès les premières parties avec le deck de base, on tente des manoeuvres, on cherche à surprendre l’adversaire. Wargame n’est certainement pas la somme de tous les wargames ; il se concentre plutôt sur un plaisir intellectuel, qu’il tient effectivement du jeu d’échecs en moins abstrait, mais le décor champêtre en plus.

Il y a 1 Message pour "Fugue en sol-sol majeur pour lance-roquette"
  • Steph Le 21 mai 2012 à 11:24

    Heureux de lire quelque chose sur ce jeu. Enfin ! Et ce n’est la preuve de rien, mais la simplicité de ton papier touche juste quand à mes impressions sur le titre. Économe dans ses effets et pourtant satisfaisant. À l’image du jeu.

    Le relatif dépouillement visuel - parce que ça reste très lourd ne serait-ce que du point de vue technique - contraste avec la précision et l’érudition que nécessite le jeu.

    A noter qu’en effet, le rush en solo est condamné à l’échec et que les premières parties sont extrêmement rebutantes et décourageantes pour les non initiés.

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