Fonds marins

Console de l’été 2017

Chez Merlanfrit, on sait prendre notre temps. En définitive, l’analyse d’un jeu ou d’une console est surtout une affaire d’état d’esprit. Pour la NES Classic Edition, ou mini-NES, il a fallu attendre les vacances estivales pour la tester dans les conditions optimales. Ce n’est qu’à ce moment, hors du quotidien, que la plate-forme ludique se laisse apprivoiser. Sait se faire discrète, rassurante. Nous tend la manette, l’air de rien, au retour d’une randonnée, ou pendant que d’autres font la sieste.

Car à part comme bibelot de décoration, la mini-NES n’est sûrement pas adaptée à la vie de tous les jours. Pour commencer, les jeux NES sont ce qu’ils sont : ardus, à la maniabilité imparfaite, sans parler du choc visuel. Ce n’est pas entre le boulot et le dodo qu’on va s’attaquer à la difficulté atroce d’un Ghost ’n Goblins. Difficile donc d’y jouer convenablement lorsqu’ils subissent la compétition des plate-formes modernes, lesquelles nous aguichent avec leur gameplay perfectionné, leur richesse, leur beauté. S’infliger Zelda II : the Adventure of Link plutôt que Breath of the Wild relève certainement du masochisme. Reconnaissons-le : ce n’était pas toujours mieux avant.

Non : pour goûter aux ancêtres sans restriction, il faut s’exiler un certain temps, de préférence dans un coin paumé. Et sans accès internet ; la tentation est trop grande d’aller immédiatement regarder la carte d’un Castlevania ou d’un Zelda — même si les manuels des jeux ne sont malheureusement disponibles qu’en ligne, ce qui peut se révéler problématique. Surtout, laisser l’envie prendre le dessus. Des conditions qui ne peuvent se remplir que pendant l’été, au calme. Là, sans hâte, on profite d’un moment calme pour déballer la bécane. On parcourt rapidement la trentaine de jeux. L’un d’eux nous tente un peu, on le lance quelques minutes. Pas trop longtemps : le tout, c’est d’y aller progressivement. Les vacances, quoi.

Anthologie ludique

Ces préliminaires achevés, la mini-NES dévoile son principal intérêt pour l’amateur d’histoire ludique : embrasser l’évolution du médium sur une décade fondamentale. De 1983 à 1993, de Mario Bros. à Kirby’s Adventure, du jeu d’arcade élitiste au divertissement démocratisé, le genre s’est remodelé sans cesse pour atteindre une forme qui n’a pas tellement évolué depuis sur le fond.

La sélection remonte en effet aux simples portages de jeux d’arcade — Mario Bros., Pac-Man, Donkey Kong — ou leurs imitations directement conçues pour la NES, comme Ice Climber. Parmi ceux-ci, on ne peut qu’être frappé par la gestion de l’espace, limitée à un seul écran. Toute l’information est alors entièrement accessible par le joueur : pas de hasard, juste du skill. Il faudra attendre Ice Climber (1985) pour un timide scrolling vers le haut, avec un gameplay assez similaire à Donkey Kong. Mais au même moment, Super Mario Bros. provoque une première révolution avec sa véritable aventure, changeant à tout moment d’univers, y compris à l’intérieur d’un même niveau via les fameux tuyaux. Un an plus tard, The Legend of Zelda s’aventurera dans une dimension de plus et popularisera l’aventure continue, celle que l’on peut reprendre d’une session à l’autre.

Kirby, en train de phagocyter une bestiole.

À l’autre bout du spectre, Kirby’s Adventure exploite à fond toutes les possibilités de l’antique console — jusqu’à risquer de gros ralentissements, que l’émulateur de la mini-NES restitue fidèlement. Mais le jeu en vaut la chandelle : le joueur moderne ne peut qu’être étonné de sa proximité à l’univers vidéoludique actuel. Le style graphique a su s’arrondir, l’univers se visite naturellement dans toutes les directions. Surtout, l’esprit du jeu a changé. Le jeu vidéo n’est plus une affaire élitiste où seuls les plus acharnés peuvent voir la fin du jeu ; le sport est devenu divertissement. Avec sa sauvegarde automatique, sa difficulté nettement réduite, le jeu vidéo est devenu tout simplement fun ; une évolution que l’on peut également constater en parcourant les trois Super Mario disponibles. Seul reliquat visible de l’ère de l’arcade, un score est toujours incrusté dans l’écran.

Dernière danse

Les titres les plus récents seront donc ceux qui attireront naturellement le joueur moderne. Il n’est toutefois pas exclu que certains jeux d’arcade ressortent de l’oubli le temps d’une soirée où, la bière aidant, les joueurs se lancent quelques défis — quoique pour l’abominable Mario Bros., la bière ne suffira probablement pas. Chez moi, c’est le relativement moderne (1988) Dr. Mario qui a su déchaîner la compétition.

Mario Bros., sans le Super.

Quel que soit le choix, on ne viendra pas à bout de tous les jeux. Quelques-uns, oui : Double Dragon II, peut-être un Super Mario, surtout à l’aide de la sauvegarde à tout moment qu’autorise l’émulateur. De la triche, diront les puristes. Peut-être, mais l’été est toujours trop court, et l’année prochaine, il y aura peut-être la mini-SNES. Avec ses Link to the Past, Street Fighter II ou Mario Kart, cette dernière va peut-être déjà remiser son aînée au placard ... la NES aura eu un sursis, un été relativement pluvieux où elle aura su nous rappeler son rôle majeur dans le médium. Une dernière fois ?

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