Poisson frais

Best of BitSummit MMXIV

Pour sa deuxième édition, le salon BitSummit de Kyoto a vu les choses en grand (nouveau lieu, invités prestigieux, concerts) et a rassemblé près de 150 jeux indépendants. Si la scène indé nipponne a encore du mal à se trouver une cohésion, la faute à l’image amateuriste qui colle au jeu vidéo indépendant dans l’esprit des Japonais, le salon a révélé que l’archipel était un lieu d’ébullition et de création passionnant. Qu’ils soient des grands noms du jeu vidéo japonais reconvertis en chefs de file du mouvement indie, des petites équipes ayant connu une success story et préparant désormais l’avenir (comme Nigoro, les auteurs de La-Mulana), des développeurs expatriés venus concevoir leurs jeux au Japon ou des créateurs anonymes bricolant des idées géniales dans leur coin, tous se sont retrouvés pendant trois jours dans une atmosphère décontractée et conviviale pour présenter leurs créations, échanger, jouer. Retour sur 10 titres marquants de BitSummit MMXIV, sans ordre de préférence.

Les stars

The Modern Zombie Taxi Driver (Grand Prix du Jury 2014), expérience technologique que l’on doit aux Kyotoïtes de Vitei Inc., fut sans conteste l’attraction vedette de cette édition. Ce clone sympathique et cartoon de Crazy Taxi transposé dans l’Angleterre de Shaun of the Dead n’aurait pas grand chose à faire valoir s’il ne proposait une exploitation brillamment immersive de l’Oculus Rift. Le casque de réalité virtuelle vissé sur la tête, le visiteur de BitSummit se prêta avec plaisir au jeu du cobaye malgré quelques cas de cinétose.

Million Onion Hotel et les joyeux drilles d’Onion Games, studio chapeauté par le délirant Yoshiro Kimura (No More Heroes, Little King’s Story), mirent pas mal d’ambiance dans la grande halle avec force déguisements et chapeaux en formes d’oignon. Si le concept de ce puzzle game inspiré du jeu de la taupe n’est pas révolutionnaire, son esthétique de pixels évoque les plus grandes heures du surréalisme. L’hôtel de l’onion ouvre ses portes sur des asperges à visage humain et des saynètes nonsensiques mettant en scène des légumes transgéniques dans des positions compromettantes. Aussi addictivement étrange qu’étrangement addictif.

Les conquérants

Azure Striker Gunvolt signe le retour en forme de Keiji Inafune après que celui-ci a claqué la porte de Capcom pour servir la cause du jeu indépendant. Difficile de choisir parmi la myriade de jeux d’action frénétiques qui peuplaient les allées du salon. On aurait pu préférer le remake du jeu Mega Drive Assault Suit Leynos ou le shooter flamboyant de YO1 KOMORI Prismatic Solid qui, après le Xbox Live en 2010, arrive sur consoles Sony. Mais c’est cette interprétation moderne de Megaman prévue sur 3DS qui reste le jeu d’action le plus marquant du salon.

Gangs of Space des Français Erhune et Grouroux a obtenu le prix du game design cette année (parce qu’il n’y a pas que des jeux japonais à BitSummit). Présenté comme un MMO de science-fiction mettant en scène des vaisseaux spatiaux qui luttent pour conquérir les galaxies, le jeu met en œuvre un système complexe et ambitieux. Preuve qu’après le récent Out There, l’aventure spatiale a de l’avenir chez les indépendants. Pour qui voudrait s’essayer à ce savant mélange d’arcade et de stratégie avec un soupçon de permadeath, la version alpha est d’ores et déjà disponible.

Les esthètes

Pavilion était probablement l’un des titres le plus solides du salon. Développé par le duo suédois de Visiontrick Media, ce puzzle game « à la quatrième personne » (on ne dirige pas le personnage mais on interagit directement sur l’environnement) se rapproche du courant des "Notgames" : des jeux sans ennemis, sans coups de feu, ouverts à la contemplation et aux fluctuances de l’espace virtuel. Cela peut paraître pompeux mais le concept s’avère immédiatement efficace et on se plaît à diriger notre héros dans des dédales grandioses inspirés de M. C. Escher. L’expérience est prometteuse ; verdict cet été sur PS4 et PS Vita.

Voxatron est l’œuvre de Joseph White, un Américain qui s’est expatrié à Tokyo et a installé son studio Lexaloffle Games dans un charmant café de la capitale. Son jeu est également charmant, avec ses tableaux à l’ancienne composés de voxels. On a l’étrange impression de se trouver face à une borne d’arcade des années 1980 qui aurait été retrafiquée par Notch de Minecraft. Le résultat est joli, joyeusement foutraque, et déjà disponible en version alpha.

Shipponeko and the Disappearing Fried Shrimp n’est pas un jeu de plateforme inoubliable, mais il le mérite de donner une place de choix à l’un des emblèmes de la culture japonaise : le chat. Yoshi Ishii (NekoGames) s’est amusé à recréer un monde griffonné en noir et blanc fait de lieux familiers où le félin doit se frayer un passage en lançant des boules de poil. Le jury de BitSummit a préférer donner le prix de la direction artistique à Rakugaki Ninja, un autre jeu fait de découpages et de papier (Tearaway est passé par là). Mais de mon point de vue, des ninjas, fussent-ils une armée, ne feront jamais le poids face à un bon vieux chat.

Les bricoleurs

Kira Kira Star Night a permis à son concepteur Riki, également dessinateur de manga, de repartir avec le prix de l’innovation. Mention un peu étrange pour un jeu développé sur... Famicom. Néanmoins, Kira Kira séduit par son euphorie 8-bit, ses sprites psychédéliques et son scrolling incessant. Le jeu nous lance dans une course contre la montre pour récupérer des étoiles filantes et nous rappelle que la scène indépendante japonaise est irrémédiablement rétro.

Jump Gun est un tout petit puzzle-platformer conçu lors de la Global Game Jam de Fukushima en 2013. À BitSummit, on trouve des dizaines de développeurs anonymes comme KuruKuru qui réprésentent la partie immergée de l’iceberg : le jeu indépendant au Japon est souvent assimilable à du DIY et se développe encore surtout dans des cercles fermés d’amateurs selon l’esprit du "doujin soft". Si ces jeux sont peu novateurs car souvent inspirés de titres à succès dont ils reprennent les ficelles, ils n’en sont pas moins l’expression d’artisans brillants, comme ce Jump Gun qui propose un level design de qualité sous une apparence quelconque.

ShCoCoooCoCo ou plutôt son pousse-savon recyclé en manette de jeu fut, avec l’Oculus Rift, l’autre gadget vedette du salon. Le principe est simple : on bouge la bouteille, on bouge le canard, en haut, en bas, on pousse, on pousse, et on éclabousse. Ne vous attendez pas à y jouer de toute façon, Takahiro Miyazawa n’a prévu qu’un exemplaire de son jeu. C’est unique, c’est un objet d’art.

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