Quinnspiracy

Avant la pilule

Qui nous étions, ce que nous étions en ce temps-là...

"C’était mieux avant". Voilà un argument qui ressort assez souvent, et en tant que vieux con autoproclamé, je ne peux pas y être insensible. En l’occurrence, si on en croit certains "gamers", c’était mieux à l’époque où la presse vidéoludique était la voix des joueurs, se préoccupait uniquement des jeux plutôt que des questions de "justice sociale", et chargeait sabre au clair contre les ennemis déclarés du loisir. Mais cette image d’épinal est-elle vraiment conforme à la réalité ?

Social (Justice) Fracture

Aux Etats-Unis, la presse spécialisée s’est posée assez tôt la question de la violence, avant même l’arrivée de Mortal Kombat. En témoigne cet article de Start (dédié à l’Atari ST) datant d’il y a 25 ans. Les auteurs faisaient le point sur la violence présente dans les différents titres disponibles, et demandaient l’avis de l’un des principaux croisés anti-violence de l’époque, Thomas Radecki. Choix pas très judicieux quand on considère ce que le bonhomme était à l’époque, et ce qu’il est devenu. Mais en tout cas, cet article est là pour démontrer qu’une partie de la presse spécialisée était, très tôt, capable de recul et de réflexion sur le médium. Et il en allait de même pour l’industrie. Dans son articleBeyond Shoot Your Friends (paru en 1997 dans le recueil Digital Illusion : Entertaining the Future with High Technology), la développeuse Celia Pearce illustre très bien en quoi la représentation abusive de la violence, et au-delà, la focalisation obsessionnelle sur un coeur de cible (l’adolescent mâle) au détriment de tous les autres, était un problème déjà à l’époque. Morceaux choisis :

A la conférence "Digital Illusion" du SIGGRAPH ’94, une femme qui a été disqualifiée comme une "féministe" hystérique (à juste titre, dirais-je, parce que j’en suis une moi-même) s’est manifestée pendant la période de questions-réponses et a demandé : "pourquoi les jeux vidéo sont-ils si violents ?" Trois individus, apparemment des concepteurs de jeux, se sont levés pour défendre leur métier. C’étaient, sans surprise, tous des hommes. Le premier a répondu avec l’argument classique : "c’est ce que veut le marché". [...]

Dans l’industrie du jeu vidéo, le terme "marché" est un euphémisme. Quand quelqu’un parle du "marché" des jeux vidéo, nous savons à quoi il fait allusion. [...] L’adolescent mâle est le marché du jeu vidéo à lui tout seul, à l’exclusion totale du reste de la population humaine - ce qui inclut sa contrepartie féminine. [C’est moi qui souligne] Afin d’illustrer mon point de vue, je vais me permettre une petite anecdote. Il n’y a pas si longtemps, on m’a demandé de visiter la division "arcade" d’une grosse compagnie de jeux. J’ai été invitée par un responsable marketing qui envisageait de créer des jeux pour les filles. J’ai rencontré le manager en chef de la division, qui a prononcé deux phrases que je n’oublierai jamais. La première était : "Les filles ? Qu’est-ce que j’en ai à faire des filles ? Elles ne représentent que 5% de mon marché ?" La deuxième était : "Notre job est de capter pour nous l’argent que dépensent des garçons de 14 ans pour leur repas." [...]

En fait, ma première réponse à l’argument "c’est ce que veut le marché" est toujours "le marché veut du crack, mais ça ne veut pas dire que nous devrions en produire davantage". "Ce que veut le marché" est une prophétie auto-réalisatrice. Nous, "l’industrie", décidons de ce qui sera mis sur le marché, nous voyons comment ça se vend, et si ça se vend bien, nous en faisons plus. A l’instar des dealers de drogue, les gens du marketing reconnaissent que quand quelqu’un est accroché, vous avez un consommateur pour la vie, jusqu’à ce qu’il meure - ou, dans le cas des jeux vidéo, jusqu’à ce qu’il grandisse.

En France, il y a exactement 20 ans, Joystick titrait sur "l’argent sale de Doom 2 ». La rédaction avait en effet quelques problèmes avec les niveaux cachés qui reprenaient les maps de Wolfenstein 3D, ainsi qu’avec la scène où l’on voit (et l’on flingue) des Commander Keens préalablement pendus. Génération 4 a répliqué de manière sarcastique et pour le moins... provocatrice, tout comme Libération par la voix d’Alain le Diberder. Ce qui a poussé Joystick à clarifier sa position dans le numéro de décembre, en expliquant que ce n’était pas la violence qui posait problème, mais le racolage mercantile, et que ce genre d’excès risquait d’attirer de trop près les censeurs. Deux ans plus tard, en Allemagne, une rédactrice du magazine PC Player a reçu des lettres d’insultes et de menaces (déjà, à l’époque...) pour avoir critiqué une scène de Duke Nukem 3D qu’elle jugeait déplacée.

Tout cela peut paraître dérisoire aujourd’hui, où la scène de torture de GTA V (obligatoire pour finir le jeu) n’a provoqué qu’un embryon de controverse sans lendemain. Mais à l’époque, j’appréciais que la presse vidéoludique parle de sa propre voix sur des questions dont on avait trop longtemps laissé le monopole à des gens de l’extérieur qui ne s’intéressait au jeu vidéo que pour le clouer au pilori (point de vue défendu 5 ans plus tard par Cyberstratège au moment de "l’affaire Familles de France"). Et j’étais plutôt déçu par la réaction de Génération 4, que je trouvais de mauvaise foi. Une mauvaise foi typique des gens qui non seulement ne veulent pas discuter, mais qui en plus ne veulent pas que la discussion ait lieu.

En tout cas, par la suite, Joystick n’a jamais manqué d’émettre des objections face à des titres de bonne qualité, mais qui leur posaient des problèmes éthiques. Ce fut le cas notamment pour des jeux comme Kingpin et Armored Fist 3 (mai 1999), Soldier of Fortune (septembre 1999) ou Command & Conquer Generals (février 2003). Sans oublier les éditos regrettant la prolifération de FPS militaires suite au succès de Counter-Strike. Autant de prises de position qui ont parfois mis le magazine en porte-à-faux avec certains lecteurs, et qui lui vaudrait aujourd’hui d’être catalogué dans le camp des SJW’s (ironie cruelle quand on sait que la dernière fois que Joystick a fait parler de lui, c’était pour une raison diamétralement opposée). On peut également mentionner son contemporain le magazine PC4War qui, s’il couvrait l’ensemble des "jeux de guerre", n’a jamais mâché ses mots face à des scènes de jeu qui contenaient de la violence inutile ou racoleuse.

Bref, c’était peut-être mieux avant, mais une partie de la presse vidéoludique et de l’industrie était déjà "comme ça" avant.

Et "nous, les joueurs", dans tout ça ?

thompson

Rise of the Pixelante

"Gamer" est un terme que j’ai longtemps revendiqué pour moi-même. En fait, jusqu’à la fin des années 2000, c’était à la fois une évidence et une nécessité. Une évidence parce que cela me permettait de revendiquer publiquement ma passion pour le jeu vidéo. Et une nécessité pour ce qui m’intéressait de plus en plus, à savoir les polémiques concernant ce loisir et ses différents aspects, en particulier la violence.

En effet, à l’époque, il n’y avait qu’une poignée d’acteurs reconnus de ces polémiques. D’un côté, les scientifiques qui étudiaient ses effets, les politiques qui souhaitaient légiférer dessus, les associations (notamment familiales) et groupes de pression en tous genres. De l’autre, "l’Industrie" (dont les membres étaient désignés sous les termes méprisants de "vendeurs", de "producteurs" ou de "fabricants"... rarement "créateurs" ou "développeurs") pour qui la meilleure défense était très souvent le silence. Entre les deux, les "médias" (généralistes, pas spécialisés) et éventuellement le "public", qu’on pouvait éventuellement ranger de son côté en le mettant sous la coupe des groupes de pression. Et les joueurs dans tout ça ? Ils n’apparaissaient nulle part. On se souciait du bien-être des enfants et des adolescents, présentés comme des victimes de la toute-puissante "Industrie", ce qui permettait de parler en leur nom. Mais la seule idée que des adultes puissent jouer de leur plein gré à ces jeux semblait complètement étrangère à ceux qui définissaient et organisaient le "débat". Lequel, pendant des années, a complètement échappé aux premières personnes concernées, c’est-à-dire ceux qui s’adonnaient à ce loisir. Ce sentiment de n’être représentés par personne, cette négation de leur parole, de leur existence même, est l’un de leurs sujets de ressentiment les plus anciens et les plus tenaces (on le retrouve d’ailleurs dans le #GamerGate actuel).

D’où l’intérêt, et l’urgence, de s’appeler "gamer" : cette étiquette permettait d’avoir une voix propre au chapitre. De faire partie de l’équation en tant qu’entité autonome, soudée, distincte à la fois du "public", des "victimes" défendues par les associations familiales, et de "l’Industrie" qui était pour le moins indigente, voir inexistante, dans le "débat" public. Il a fallu du temps, beaucoup de temps, pour que certains de ses acteurs se rendent compte de leur existence. Mais on peut émettre l’hypothèse que de nos jours, la plupart des personnes qui pontifient sur le jeu vidéo ont entendu les termes de "joueur" et de "gamer" au moins une fois dans leur vie. C’est déjà ça.

- Qui t’a fait comte ? - Et toi, qui t’a fait roi ? (contexte)

Ironiquement, c’est Jack Thompson qui a été l’un des principaux artisans de la reconnaissance des "gamers" dans la sphère publique. Pendant longtemps, son unique cible a été "l’Industrie", qui l’ignorait délibérément. Mais depuis le scandale "Hot Coffee" en 2005, les choses ont changé en raison de l’emballement politico-médiatique, qui a été considérable. Les projets de loi restreignant la vente de jeux "violents" aux mineurs se sont multipliés comme des petits pains. La presse spécialisée, qui a couvert l’affaire de manière intensive, a pris l’habitude d’interviewer les différents acteurs du "débat" (politiques, scientifiques, associations...), qui en retour ont fini par s’apercevoir de l’existence d’un public à part. Jack Thompson lui-même a essayé de se le mettre dans la poche, en fréquentant assidûment les sites spécialisés comme GamePolitics, et en leur accordant des interviews mielleuses. Voyant que ça ne marchait pas, il a changé de tactique, optant pour l’antagonisme à outrance, non seulement dans ses déclarations publiques (de plus en plus ciblées), mais aussi dans les commentaires de GamePolitics et d’autres sites, qu’il a pollués et trollés pendant des années. Mais le fait est qu’il a été l’un des premiers critiques d’envergure à reconnaître les "gamers" comme entité avec laquelle il fallait compter.

Dans ce contexte, faire partie de la "communauté des gamers" avait quelque chose d’exaltant, de libérateur pour moi. Enfin, on s’organisait ! Enfin, on ripostait ! Enfin, on nous remarquait ! J’avais beau être toujours aussi énervé dès qu’on critiquait mon loisir, je ne me sentais plus seul. Au contraire, il me suffisait de lire et écrire des commentaires cinglants en réponse à des articles "anti-jeux" de la presse généraliste, et j’étais en partie vengé. De même, je prenais plaisir à échanger des informations, des articles et d’autres choses sur les forums. Emporté par mon élan, je ne voulais pas voir que la diabolisation progressive de Jack Thompson pouvait être contre-productive, à tel point qu’elle était dénoncée dans notre propre camp Tout au plus, j’étais prêt à écouter les appels à la raison des journalistes et des développeurs qui expliquaient que trop de violence et trop d’excès en général ne pouvaient être que préjudiciables au jeu vidéo tout entier. Eux, je pouvais les écouter, ils étaient "des nôtres" et ils savaient de quoi ils parlaient. Mais pour Jack Thompson, je n’avais ni empathie ni pitié. Après tout, il faisait "la même chose" contre nous. Cette colère collective me semblait légitime, et ses pires manifestations (insultes, menaces de mort, etc...) ne me gênaient pas le moins du monde. C’était un ennemi, assez nuisible et influent pour inspirer des projets de loi sur (et contre) les jeux "violents". On était en guerre, c’était une guerre politique et médiatique, et tous les coups étaient permis. Il fallait par-dessus tout l’empêcher de nuire. Ce raisonnement martial me paraissait tellement légitime que je ne voyais aucun problème à ce qu’on l’applique à la lettre pour (ou plutôt contre) n’importe quel "croisé anti-jeu vidéo".

Et puis vint ma première "pilule rouge"...

Il y a 37 Messages de forum pour "Avant la pilule"
  • Nomys_Tempar Le 15 octobre 2014 à 12:58

    Le truc que je trouve étrange sur l’identification en tant que "gamer", c’est que je trouve ça trop réducteur.
    Les débats sur la violence dans les jeux vidéo, je les ai toujours placé sur le même plan que les débats sur internet qui pervertit la jeunesse. M’identifier en tant que gamer signifierait donc que je nie qu’il y avait à l’époque une problématique plus large pro-numérique/anti-numérique (problématique qui existe toujours sous une autre forme) .
    Le terme de "nerd" me parait du coup mieux convenir pour me définir à titre personnel car il prend en compte un certain recul sur les pratiques numérique, dont le jeu vidéo fait partie mais n’est qu’une composante parmi d’autre.
    Le terme "gamer" est déjà en cela d’un apolitisme de droite assez marqué je trouve, puisqu’il permet de nier qu’il y a un problème de sexisme dans toutes les pratiques numériques d’aujourd’hui et que cela ne concerne pas que les "gamers" mais tout les "nerds", voir tout les gens qui pratiquent le numérique sans pour autant s’intéresser à ses fonctionnements (qu’on pourrait grossièrement qualifier de "geek" pour le coup, le mot étant devenu assez fourre-tout).

  • Hoagie Le 15 octobre 2014 à 13:26

    Bel échantillon d’articles de l’époque (incomplet, évidemment, il y a matière à écrire sur le sujet). Il faudrait y ajouter Computer Gaming World, qui fut en son temps le meilleur magazine micro-ludique tous pays confondus (même si sa qualité a commencé à baisser vers 1995), et un des rares qui traitaient ses lecteurs comme des adultes (moyenne d’âge du lectorat : 30 ans, selon un de leurs sondages). On pouvait notamment y trouver un article sur la pertinence de la violence dans les jeux vidéo (1992 il me semble, à la sortie de Wolfenstein 3D), un article critiquant la représentation des Asiatiques dans Shadow Warrior, ou les chroniques acerbes de Martin Cirulis.

  • BlackLabel Le 15 octobre 2014 à 14:02

    Le marché qui fait des jeux violents pour viser l’ado, c’est assez nul comme vision des choses. Quand j’étais ado je trouvais Soldier of Fortune amusant "pour sa violence", mais j’étais loin de chercher ça dans tous les jeux, c’était un amusement isolé, et j’étais pas le seul. Le succès de Final Fantasy 7 par exemple, et l’engouement pour les J-RPGs d’une frange des joueurs non dédaignable, ne reposent pas sur la violence.

    C’est pour ça qu’aujourd’hui quand j’entends le discours des studios "C’est ce que veulent les joueurs", ça me répugne car je sais que c’est faux. Les joueurs jouent à ça par défaut. Quand j’ai l’occasion de parler avec des joueurs en dehors d’Internet, de tout profil, généralement ils trippent sur les mêmes choses que moi, sur le sens du détail dans un gameplay par exemple, et ils tiquent sur les mêmes choses que moi, ennemis myopes par exemple, ou sur-assistance, etc. Sur des choses qui comptent.

    Ce que je veux dire c’est que penser que c’est la violence qui les intéresse, c’est vraiment les prendre pour des cons. Et malheureusement c’est ce qui arrive trop souvent avec les jeux actuels.

  • Martin Lefebvre Le 15 octobre 2014 à 14:10

    @Hoagie : grand fou, ne va pas dire à Shane que son papier est incomplet.

    Sinon je me sens mieux maintenant qu’il n’y a plus la tronche de Jacques Chirac sur la home du site. Pfiou.

  • Kid Le 15 octobre 2014 à 15:38

    Très bon papier !

    Une mauvaise foi typique des gens qui non seulement ne veulent pas discuter, mais qui en plus ne veulent pas que la discussion ait lieu.
    Cela résumé bien les deux derniers mois :)

    Je me reconnais dans cette histoire de la figure du gamer. Je me sentais proche des autres joueurs, contre ce grand public qui n’y connaissait rien en jeu vidéo et qui lui attribuait tous les maux.
    Et puis... d’autres publics arrivèrent, et je me sens désormais aussi proches des "gamers" que des "français" ou des "utilisateurs de grille-pain".

  • Westeetee Le 15 octobre 2014 à 17:19

    Est ce que ce n’est pas une histoire d’âge ?

    Personnellement j’ai commencé à jouer vers 1985 je pense, et à l’époque personne ne se considérait comme ’gamer’.

    On jouait régulièrement c’est tout, tout comme on jouait aux Playmobils.
    A l’adolescence, on jouait régulièrement tout comme on lisait ou regardait des films
    Et ainsi de suite à l’age adulte

    C’est pour ça que j’ai du mal à comprendre cette étiquette
    Sur le sujet précédent de Martin, un internaute assez virulent nous apostrophait qu’il "était fier d’être gamer, qu’il avait rencontré sa copine et ses amis parce qu’ils étaient gamers"

    De une je ne vois pas trop en quoi jouer à des jeux régulièrement constituerait plus une identité en soit que n’importe quelle activité de loisir.

    De deux "être fier d’être gamer" j’avoue je comprends pas, pour moi être fier de quelque chose, ça peut être soi de ses actes, soit de ses accomplissements dans la vie, je sais pas schématiquement avoir créé quelque chose d’intéressant ou d’important, s’être dressé contre quelque chose.

    En comparaison, quelquesoit la dose d’interactivité dans les jeux vidéos, comment peut on être "fier d’être un gamer", c’est à dire de pousser des boutons devant un écran le cul collé dans son canapé ?
    Où est la réalisation, le succès marquant quand le seul résultat concret de l’activité du gamer est un score purement virtuel sans aucune incidence sur le monde, l’entourage, la vie ?

  • Martin Lefebvre Le 15 octobre 2014 à 18:07

    Ca ne me choque pas qu’on soit "fier" de sa connaissance des jeux vidéo. De ses petites victoires devant son canapé. Même des heures passées à farmer un donjon dans WoW. De son exploration d’obscurs romsets. De ses exploits virtuels, des moments qu’on a vécu. Pourquoi pas ?

    Mais de là à en faire une identité, c’est à dire quelque chose de figé, c’est autre chose. Une des choses qui me hérisse dans le gamergate c’est l’idée que les gamers ont une identité, une culture close. Alors que des fois c’est bien de décloisonner, de s’ouvrir. Et limiter le JV aux prod AAA ou aux trucs japonais pour otak’, même si ça fait partie de l’histoire et de l’actualité du média, c’est tellement réducteur. Il y a toujours eu autre chose, de l’aventure, des jeux narratifs, des puzzle games, du casual, des joueuses aussi, et qui ont pu jouer aux mêmes jeux que les hardcores, voire qui ont créé certains de ces jeux...

  • Zlika Le 15 octobre 2014 à 18:30

    L’informatique (qui incluait les jeux) et les consoles étaient pour beaucoup un paliatif à l’ambiance caserne, camp scout et vestiaire sportif du milieu scolaire. Hors aujourd’hui c’est exactement l’ambiance qu’on retrouve dans ce milieu : bullying, racisme, homophobie, mysoginie, compétition forcenée, humiliation collective, régression comportementale et rivalité mimétique homo-érotique. Je ne pense pas que les boards BBS étaient forcément mieux tenu que 4chan, mais ça n’avait pas cette dimension industrielle ni cet aspect caricatural et vindicatif.

    Dans les années 80-90, un geek/nerd/gamer c’était généralement un amateur de calcul différentiel, d’éléctromécanique, de jeux de rôle sur table, de figurine à peindre. Aujourd’hui un geek/nerd/gamer c’est n’importe qui : du Jabbah pavillonnaire qui végète devant FIFA sous un poster de Star Treck entre un cul de joint et une bière tiède au kéké tunning-club qui s’essuient sur les tapis roulants d’Ubisoft et les vélos d’appartement d’Electronic Arts et vous dira que "Nintendo c’est pour les gamins mdr kikoolol".

    Un pallier a d’abord a été franchit d’abord avec la Playstation, qui a singulièrement élargit l’audience du jeu vidéo mais à une époque ou la Dremcast cartonnait - mais de manière irrémédiable avec la XBox. Avant la X-Box, le monde du jeu desktop/handled/console était totalement hétérogène : studio, outil de développement, type de programmation, communauté de joueur, style de jeu, publics.

    C’est la XBox 360 qui a définitivement imposé les portages multiplateformes, les blockbuster grand public, les titres communs à tout les jeux et plateformes, ce par ce que Microsoft a fait le forcing pour imposer ses outils et s’est bien implantée sur le sol US (ils en paient d’ailleurs le prix aujourd’hui car ça a totalement flingué le PC comme la plateforme de luxe qu’elle était encore en 2005 pour en être à la cinquième roue du carrosse aujourd’hui).

    Je ne serais pas étonné que les geeks et geekettes de maintenant, ceux et celles de 7 à 17 ans, reviennent au carburateur de mobylette, à la programmation ARM, à la chimie amusante ou à l’horticulture, justement pour échaper aux jeux vidéos qui sont devenu l’équivalent du football ou du tunning d’antan, la culture dominante qu’on cherchait précisément à fuir pour inventer autre chose. Ça existe aussi dans le monde du jeu lui-même bien sûr mais c’est ensevelit par le reste.

  • Dsancla Le 15 octobre 2014 à 23:44

    Aujourd’hui un geek/nerd/gamer c’est n’importe qui : du Jabbah pavillonnaire qui végète devant FIFA sous un poster de Star Treck entre un cul de joint et une bière tiède au kéké tunning-club qui s’essuient sur les tapis roulants d’Ubisoft et les vélos d’appartement d’Electronic Arts et vous dira que "Nintendo c’est pour les gamins mdr kikoolol".

    Tant de haine, pour tant de stéréotypes. Et après on vient s’étonner que dans "l’autre" camp les femmes soient jugées comme des attention-wore ou autres...

    A travers le Gamergate l’impression qu’y s’en dégage est pour moi un combat d’arrière garde mener par majoritairement des hommes qui constatent que le monde du jeu vidéo change et que cela ne leur plait pas.

    Après tout nombreux sont les jeux qui mettent désormais en scène des Héroïnes.
    Mirror’s Edge, Remember me, Wet, Bayonetta, Gone Home, Alien Isolation, Walking dead saison 2, Portal 1, Tomb raider, Contrast etc...
    La liste n’a pas pour but d’être exhaustive, simplement plus les années avancent et plus la liste s’allongent.
    Et cette une bonne chose cela dénote d’une ouverture d’esprit de la part éditeurs et donc du public. Ces jeux sont noyés dans la masse certes mais ils existent ce qui est pour moi un progrès.

    Pour ce qui ait de la violence dans les jeux vidéos elle est intrinsèque au monde dans lequel on vit et ce n’est pas près de changer.
    Après on peut critiquer l’industrie du divertissement qu’est devenu le jeu vidéo mais pourtant est ce que cela à un lien avec le GamerGate ?

  • Westeetee Le 16 octobre 2014 à 11:06

    J’ai oublié de préciser que je travaille dans l’informatique "standard" et que le même "débat" / guerre civile que le gamergate règne actuellement dans tout le secteur des nouvelles technologies, avec le même type de comportements, menaces, doxxing et agressions mais aussi beaucoup plus vindicatif, organisé et revendicatif du côté féministe, vraisemblablement avec une longueur d’avance sur le domaine des jeux vidéos purs. Bon là il n’y a pas du tout la dimension "gamer" mais on y retrouve bien la même composante identitaire

    ex :
    http://www.theverge.com/2013/9/12/4...
    http://imgur.com/a/5k4P8

    @Dsancla
    "Après tout nombreux sont les jeux qui mettent désormais en scène des Héroïnes.
    Mirror’s Edge, Remember me, Wet, Bayonetta, Gone Home, Alien Isolation, Walking dead saison 2, Portal 1, Tomb raider, Contrast etc... "

    Il y a quand même quelques personnages féminins "problématiques" par rapport au débat là dedans, c’est comme si on prétendait que les comics avancent grâce à un personnage comme Vampirella

  • BlackLabel Le 16 octobre 2014 à 14:11

    Martin Lefebvre :"Et limiter le JV aux prod AAA ou aux trucs japonais pour otak’, même si ça fait partie de l’histoire et de l’actualité du média, c’est tellement réducteur."

    Le jeu vidéo ne se réduit pas à ça, mais c’est la partie la plus visible, et elle a évolué. Sur PS2 les jeux occidentaux étaient assez variés, on trouvait un peu de tout, et chaque créateur faisait à sa sauce (même s’il y avait déjà du recopiage). Aujourd’hui ça s’est standardisé, et on trouve une majorité de titres dont le défi principal est basé sur la violence, bien plus qu’avant il me semble, tandis que d’autres pans sont automatisés et appauvris, comme l’exploration.

    Après y’a évidemment toujours des exceptions.

    On ne pouvait pas, je pense, deviner d’avance à quoi ressemblerait la génération PS360, on ne pouvait qu’imaginer la PS2/Xbox en plus beau et plus confortable à jouer (pour faire simple). Quand comme moi tu t’es toujours limité à un seul hardware par génération et que tu en étais satisfait, c’est moins agréable de trouver seulement quelques jeux "différents" au milieu d’une foule de shooters et bta qui se volent la même formule.

  • Drad Le 16 octobre 2014 à 16:12

    Si j’ai bien compris l’article, la presse jeu vidéoludique est politisée ou militante depuis longtemps, et se plaindre que cette politisation soit nouvelle, en regrettant le "bon vieux temps", serait absurde. Je suis pas sûr que beaucoup de monde prétende le contraire, en fait, du moins pas dans le fond.

    À suivre cette logique, donc, l’article déplorerait que les "gamer rageux" reprochent à la presse de se politiser ou d’être militante. Je pense que cette critique est complètement à côté de la plaque, si c’est bien là où ce dossier veut nous mener. Personne ne reproche à la presse de se politiser, et si certaines "gamer" l’ont dit ainsi, c’était un raccourci peu habile de leur part, mais qui doit être bien compris, à défaut de raconter n’importe quoi si on cherche à vraiment débattre.

    Ce qui est reproché à la presse progressiste est bien plus subtile, et moins large : c’est de soutenir systématiquement tout jeux vidéo défendant des valeurs progressistes, indépendamment de son gameplay. Si ce soutien pose problème aux "gamer rageux", c’est rarement parce qu’ils sont opposés au progressisme, mais parce qu’ils craignent que les éditeurs financent de plus en plus de jeux pour leurs seules idées politiques et plus aucunement pour leur gameplay. Cette situation réduirait considérablement le nombre de jeu au gameplay fun ou innovant - ce que n’importe qui déplorerait.

    On serait évidemment tenté de répondre à ceux qui ont ces craintes qu’on peut très bien faire un jeu progressiste avec un bon gameplay, car l’un n’exclut pas l’autre. Mais ils nous répondrait que c’est une vision naïve, car aucun éditeur ne s’embarrasserait à doubler son financement pour qu’un jeu ait un bon gameplay alors que le jeu rencontrerait presque autant de succès critique sans.

    Ce qu’on peut reprocher à ces "gamer rageux", c’est donc rarement d’être réactionnaires, mais d’être pessimistes quant à la capacité des éditeurs à ne pas s’engouffrer dans une nouvelle niche facile, construite par la presse progressiste.
    Je pense qu’ils on tort d’être pessimistes, car le problème n’est pas si simple qu’ils le conçoivent. Je manque hélas d’arguments concrets pour les rassurer. Et j’ai du mal à trouver ces arguments dans la scène de dév indépendants, qui donne le plus grand nombre d’exemples de jeux au gameplay pauvre acclamés par la presse pour leur progressisme (et je ne dis pas que ces jeux sont mauvais, hein, juste qu’ils ne permettent pas de rassurer les inquiets).

    Ainsi, ça me semble faire complètement fausse route que de traiter la question du progressisme dans le jeux vidéo en ne s’intéressant qu’à la minorité de vrais réactionnaires qui n’ont fait que se greffer sur ce sentiment beaucoup plus large et non politisé.

    Et, à titre personnel, pour côtoyer ces "gamer rageux" depuis trop d’années, ça me blesse pas mal de les voir être constamment réduits aux quelques réactionnaires qui exploitent leur rage, alors que, derrière leur "fag" et "nigger", ils sont tout aussi tolérants que les commentateurs policés de merlanfrit. Juste un peu plus anxieux.

  • Drad Le 16 octobre 2014 à 16:14

    Oups, désolé pour le commentaire très très très long ! J’avais pas réalisé.

    C’est que ça fait 2 mois que je me retiens de prendre la parole dans l’espoir que quelqu’un le fera pour dire ce que j’avais à dire, et que c’est jamais arrivé. Donc j’en avais gros sur le cœur. Désolé :)

  • Shane_Fenton Le 16 octobre 2014 à 19:51

    @Hoagie :
    Merci pour le complément d’informations. Mon échantillon allait être inévitablement incomplet, parce que je connais bien plus la presse vidéoludique française que son homologue anglo-saxonne. Mais je ne demande qu’à y remédier.

    @Drad :

    Si j’ai bien compris l’article, la presse jeu vidéoludique est politisée ou militante depuis longtemps, et se plaindre que cette politisation soit nouvelle, en regrettant le "bon vieux temps", serait absurde.

    Jusque-là, tout va bien. En tout cas, c’est le propos de la première partie de l’article, et j’en ai vu qui prétendaient le contraire, comme ici, par exemple.

    À suivre cette logique, donc, l’article déplorerait que les "gamer rageux" reprochent à la presse de se politiser ou d’être militante. Je pense que cette critique est complètement à côté de la plaque, si c’est bien là où ce dossier veut nous mener.

    Et c’est là qu’il y a une méprise. Ici, je ne "déplore" rien (pas encore, en tout cas), je ne fais que rappeler qu’une partie de la presse se posait à l’époque les mêmes questions qu’aujourd’hui. Et je passe à autre chose. En l’occurrence, "nous".

  • Martin Lefebvre Le 16 octobre 2014 à 19:53

    Ce qui est reproché à la presse progressiste est bien plus subtile, et moins large : c’est de soutenir systématiquement tout jeux vidéo défendant des valeurs progressistes, indépendamment de son gameplay. Si ce soutien pose problème aux "gamer rageux", c’est rarement parce qu’ils sont opposés au progressisme, mais parce qu’ils craignent que les éditeurs financent de plus en plus de jeux pour leurs seules idées politiques et plus aucunement pour leur gameplay. Cette situation réduirait considérablement le nombre de jeu au gameplay fun ou innovant - ce que n’importe qui déplorerait.

    Je vais commencer par préciser d’où je parle : je déplore en effet que les demi-fins de la presse JV branchée aient tendance à faire des montagnes de jeux qui n’ont guère d’autres qualités que leurs intentions de faire sens. En parcourant le site, vous trouverez assez facilement une critique plutôt acerbe de Gone Home, le démontage de pas mal de prods indés à la mode (Fez, Ethan Carter, Moutain, Indie Game the Movie...), ou si vous voulez me lire ailleurs, mon avis fort nuancé sur la production de Tale of Tales pour citer mes bouc-émissaires favoris.

    Par alleurs, il m’arrive d’apprécier des jeux étranges et narratifs, qui ne sont pas toujours ludiques au sens propre, parfois pour leur discours politique (cf Paper’s Please, Dys4ia ou les prods de Christine Love).

    Par contre le fait qu’on doive privilégier le gameplay à toute autre considération me semble un préjugé assez marqué : j’aime pour ma part autant les jeux système que des jeux plus narratifs... Evidemment le gameplay doit servir l’histoire, mais il n’a pas non plus besoin d’être fabuleux si le traitement des thèmes vaut à lui seul le voyage.

    On serait évidemment tenté de répondre à ceux qui ont ces craintes qu’on peut très bien faire un jeu progressiste avec un bon gameplay, car l’un n’exclut pas l’autre. Mais ils nous répondrait que c’est une vision naïve, car aucun éditeur ne s’embarrasserait à doubler son financement pour qu’un jeu ait un bon gameplay alors que le jeu rencontrerait presque autant de succès critique sans.

    C’est totalement naïf. Le succès critique n’est pas déterminant pour la réussite financière d’un jeu. Gone Home a très bien marché, je crois qu’ils en sont à 250k. Pour les gros éditeurs ce genre de chiffre ne rime à rien. Et autant je n’aime pas GH, autant je suis plutôt content (pas aux anges, hein, plutôt content), qu’on puisse faire un jeu sur ce thème, même s’il est un peu raté, à 50% en promo c’est pas trop mal. :)

    Ce qu’on peut reprocher à ces "gamer rageux", c’est donc rarement d’être réactionnaires, mais d’être pessimistes quant à la capacité des éditeurs à ne pas s’engouffrer dans une nouvelle niche facile, construite par la presse progressiste.

    Les éditeurs veulent faire du pognon. Etre bien vu sur Kotaku est d’une rentabilité médiocre. Ce n’est pas là que le succès réel se joue, quand bien même on trouverait des succès d’estime surévalués et gonflants. Après oui, au niveau des indés, c’est certain qu’il y a une logique de scène, de renvois d’ascenseur qui n’est pas saine. Mais de là à justifier le GG...

    Je pense qu’ils on tort d’être pessimistes, car le problème n’est pas si simple qu’ils le conçoivent. Je manque hélas d’arguments concrets pour les rassurer. Et j’ai du mal à trouver ces arguments dans la scène de dév indépendants, qui donne le plus grand nombre d’exemples de jeux au gameplay pauvre acclamés par la presse pour leur progressisme (et je ne dis pas que ces jeux sont mauvais, hein, juste qu’ils ne permettent pas de rassurer les inquiets).

    La presse passe son temps à acclamer des jeux pauvres. Cf Bioshock infinite.

    Et, à titre personnel, pour côtoyer ces "gamer rageux" depuis trop d’années, ça me blesse pas mal de les voir être constamment réduits aux quelques réactionnaires qui exploitent leur rage, alors que, derrière leur "fag" et "nigger", ils sont tout aussi tolérants que les commentateurs policés de merlanfrit. Juste un peu plus anxieux.

    J’avoue que je plains ces pauvres gamers qui ne peuvent même plus proférer des injures racistes et homophobes pour rigoler. Vraiment. Ca doit être l’enfer.

  • Drad Le 16 octobre 2014 à 20:28

    Martin, nous sommes tous les deux d’accord sur l’impact probablement faible de la presse progressiste sur les ventes des AAA. Nous semblons aussi d’accord sur le fait que ce soit moins certain sur pour les jeux indé. Dans tous les cas, ce n’est pas moi qu’il faut convaincre.

    Le but de mon message n’était pas de justifier le GG, mais de pointer les inquiétudes de certains joueurs qui ont pu conduire au GG et autres mouvements nuisibles, afin d’empêcher qu’ils ne se reproduisent.

    Maintenant tu fais ce que tu veux de cette situation (et t’as le droit de penser que je délire complètement). Moi, de mon côté, je continuerai d’essayer d’apaiser leurs inquiétudes, plutôt que de les traiter de sexistes et de réac alors que ce n’est pas du tout ce qu’ils sont pour la plus part et que ce n’est pas la source du problème. Si tu veux faire pareil, je te ferai passer des cookies par la poste.

    J’avoue que je plains ces pauvres gamers qui ne peuvent même plus proférer des injures racistes et homophobes pour rigoler.

    Désolé, j’étais pas très clair : je faisais référence à /v/ (où on a toujours le droit de dire "fag" et "nigger" sans problème) pour souligner qu’on y était bien plus tolérants qu’on l’entend si souvent et malgré les apparences. Le GG y est d’ailleurs finalement rejeté par bon nombre, ce qui ne les empêchent pas de ressentir l’inquiétude que j’évoquais.

  • Martin Lefebvre Le 16 octobre 2014 à 20:42

    Maintenant tu fais ce que tu veux de cette situation (et t’as le droit de penser que je délire complètement). Moi, de mon côté, je continuerai d’essayer d’apaiser leurs inquiétudes, plutôt que de les traiter de sexistes et de réac alors que ce n’est pas du tout ce qu’ils sont pour la plus part et que ce n’est pas la source du problème. Si tu veux faire pareil, je te ferai passer des cookies par la poste.

    Qu’il y ait des gens participant au GG qui ne sont au fond ni sexistes ni réacs, je l’entends. N’empêche que le mouvement l’est (à l’origine comme dans ses dérives). C’est pour cela que je les considère comme des naïfs qui se font manipuler, et que je ne pense pas que leurs inquiétudes, si elles sont telles que tu les décris, mérite qu’on les relaye... Ou alors qu’ils se débrouillent eux-même pour le faire en dehors du hashtag nocif.

    Je suis d’autant plus amer n’ai pas attendu le GG pour critiquer certaines tendances nombrilistes du jeu indé, et que le mouvement bousille tout en transformant ses victimes en martyrs...

    De toutes façons je comprends mal cette vision de la presse... Si Polygon adore Gone Home et que ses lecteurs sont contents de leur achat, où est le problème ? On peut critiquer Polygon, mais de là à manifester virtuellement son mécontentement... Si tes gamers ne sont pas consommateurs de JV arty, en quoi ça les regarde quels JV artys les gens que le genre intéresse vont acheter... Ou bien en fait ils pensent que Christine Love ou Michael Brough devraient être plus reconnus ? Soyons sérieux.

    Alors oui, inquiétude parce que le JV change, qu’il se dédouble en univers différents, en scènes éclatées... Inquiétude réactionnaire quoi...

    De mon côté je me tape complètement des films hollywoodiens... Que Premiere dise du bien d’un film plutôt que d’un autre, tant que c’est à peu près sincère, qu’ils préfèrent The Avengers ou Transformers, ça me fait quoi à moi ?

  • Drad Le 16 octobre 2014 à 20:58

    Donc tu t’en fous d’essayer d’éviter toutes toutes les tensions à venir, "qu’ils se débrouillent eux-même" ? Ok, tout le monde n’est pas obligé d’être militant, pas de problème là-dessus, mais si ce n’est pas pour essayer d’améliorer la situation, pourquoi en parler ? Ça m’échappe.

  • Martin Lefebvre Le 16 octobre 2014 à 21:29

    J’ai écrit plusieurs papiers sur le GG : un qui était satirique, et qui visait le paradoxe des détectives internet réclamant une meilleure presse tout en faisant circuler des rumeurs. La forme était peut-être agressive, soit. Le second visait à montrer les racines réactionnaires du mouvement pour que justement les gens embringués là dedans sachent avec qui ils s’associaient.

    Après près de 2 mois de polémique, je suis un peu crevé et je désespère un rien de ceux qui n’ont pas compris vers quoi allait le GG. J’avoue que je pariais un peu sur l’épuisement, et ça s’était calmé un temps. Apparemment j’ai eu tort.

    On publie les papiers de Shane (c’est un pseudo d’ailleurs) maintenant parce qu’ils sont prêts maintenant et qu’on allait pas lui refuser... D’autant que son approche me paraît intéressante.

    Comment peut-on améliorer les choses ? Pas en demandant à Sarkeesian de se taire en tout cas (parce que bon, le GG c’est un peu beaucoup ça tout de même).

    Visiblement critiquer dans notre coin certaines dérives du milieu indé ou de la presse, ce n’est pas suffisant... Qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? Livrer une tribune à ce que racontent les gateux ? Je ne sais pas. D’autant que je ne sais pas s’ils sont prêts à jouer le jeu...

  • Drad Le 16 octobre 2014 à 22:09

    Après près de 2 mois de polémique, je suis un peu crevé et je désespère un rien de ceux qui n’ont pas compris vers quoi allait le GG.

    Je ne pense pas que tu parles de moi, mais dans le doute, je me répète : je condamne le GG, et pour les mêmes raisons que toi, je pense. J’essaie juste de faire autre chose que de condamner.

    Tes papiers sur les GG ont peut être été utiles à court terme mais m’ont semblé manquer la cible, en ne parlant que de l’expression du problème (le GG) plutôt que du problème lui-même (l’inquiétude du dévoiement économique des jv par les progressistes).

    L’approche de Shane peut être intéressante, en effet. Même si je ne suis pas certain que la notion de "gamer" soit le centre du problème. Mais on verra, pourquoi pas.

    Qu’est-ce qu’on peut faire de plus ?

    Démontrer que la plus part des éditeurs ou dév indé n’ont pas d’intérêt à réduire leur jeu un discours politique destiné à séduire les critiques. En démontrant par exemple que Mass Effect ou Dragon Age n’ont pas progressivement réduit leur investissement dans le gameplay pour le passer dans du "cosmétique progressiste" afin de plaire aux seules critiques, sans se soucier des joueurs. C’est un exemple, et je ne sais pas comment c’est possible de le démontrer, mais c’est le mythe le plus fréquent que je rencontre, aussi absurde cela puisse te paraître. Et il y a bien d’autres jeux pour lesquels la question est posée.

    Cela peut aussi se faire en démontrant qu’un jeu peut être progressiste tout en offrant de bons mécaniques de jeu, en en donnant des exemples, en en développant soi-même, ou que sais-je.

    Voilà, c’est déjà pas mal. Et ce sont deux points que j’aimerais vraiment voir développés, pour avoir plus d’arguments quand je débats avec les joueurs inquiets. Et j’espère que je ne suis pas le seul à se soucier de débattre avec eux.

    Pour ce qui est de donner la parole aux réac, non, je pense vraiment pas qu’ils seraient en faire quelque chose d’utile. À moins que vous n’en tombiez sur un vraiment cool, mais bon, j’y crois pas trop.

  • Martin Lefebvre Le 16 octobre 2014 à 22:31

    Ben, j’ai l’impression que c’est ce que je fais "au quotidien" en faisant mon boulot de critique... Qui implique aussi il est vrai de dire du mal de jeux au gameplay satisfaisant parce qu’idéologiquement ils m’embêtent, ce qui en toute objectivité de critique gâche mon plaisir de jeu.

    Et je trouve ta vision du GG assez partielle... Ce que tu évoques est certes un aspect, mais je ne suis pas certain que la majorité des "membres" du mouvement placent l’essentiel des revendications sur ce point... Par exemple je ne suis pas certain que la notion de cosmétique soit pour tous essentielle. C’est plus le progressisme vu comme forcément moralisateur tout court. Pour d’autres c’est surtout le copinage, etc.

    En démontrant par exemple que Mass Effect ou Dragon Age n’ont pas progressivement réduit leur investissement dans le gameplay pour le passer dans du "cosmétique progressiste" afin de plaire aux seules critiques, sans se soucier des joueurs. C’est un exemple, et je ne sais pas comment c’est possible de le démontrer, mais c’est le mythe le plus fréquent que je rencontre, aussi absurde cela puisse te paraître. Et il y a bien d’autres jeux pour lesquels la question est posée.

    Ben si tu veux je te le démonte, hein... :D

    Les gars de BioWare, qui sont là depuis longtemps pour la plupart, ils croient à tout ça. Je pense pas que ça fasse vendre tant que ça... Même si j’apprécie dans le principe leur volonté de faire de ME par exemple un jeu plus ouvert, je ne trouve pas ça spécialement toujours réussi (alors que dans Saints Row oui, mais bon c’est un autre débat). En tout cas je suis persuadé qu’ils sont sincères. Peut-être plus que certains dév qui mettent en avant des trucs un rien racoleurs et du fanservice pour faire vendre alors qu’ils aimeraient faire autre chose en tout cas.

    Le RPG comme truc éthique, progressiste, c’est déjà un crédo des Ultima. Déjà dans les Baldur, tu as des personnages comme Viconia qui essayent de casser les clichés.

    L’aseptisation dans le moule AAA du gameplay, ça n’a pas grand chose à voir, et là ça vient d’en haut. C’est pas forcément toujours un mal d’ailleurs, le gameplay de ME3 est assez accrocheur tout de même.

  • Drad Le 16 octobre 2014 à 23:25

    je ne suis pas certain que la majorité des "membres" du mouvement placent l’essentiel des revendications sur ce point

    Je pense que la majorité de ceux qui soutiennent encore dans le GG le font par pure haine du féminisme. Mais je pense que le GG n’aurait pas pu naître dans un autre contexte que l’inquiétude dont je parle et qui est partagée par bien plus de joueurs que ceux ayant pris part activement au GG.

    Ben si tu veux je te le démonte, hein... :D

    S’il suffisant de dire que Martin Lefebvre est "persuadé qu’ils sont sincères" pour prouver la sincérité de qui que ce soit, le monde serait beaucoup plus simple :) Rien que l’importante communication de Bioware sur les options pro-LGBT du prochain Dragon Age laisse douter que leur démarche soit purement désintéressée. Je ne dis pas que Bioware ait misé toutes ses billes sur ce genre de communication, mais juste que la situation est trop ambiguë pour que ta conviction personnelle suffise à clore le débat.

    Laisse moi essayer de te poser la question différemment, et en mettant de côté les AAA :

    Mettons qu’avec mon petit studio indépendant, nous réfléchissons au prochain jeu que nous allons développer. Nous sommes tous progressistes, et aimerions proposer de développements scénaristiques non hétéro-centrés ou questionnant l’identité sexuelle. D’un autre côté, nous aimons tous le gameplay fouillé et technique. Deux idées de jeux nous viennent : un jeu d’action très arcade, très fun, qui ne nous laisse la place à aucun développement scénaristique complexe ; un jeu centré sur l’ambiance et le scénario dont le gameplay n’est pratiquement qu’un accessoire de la narration. Les deux idées nous plaisent autant.

    Nous sommes très peu connus de la presse et pensons qu’aucune de nos deux idées ne serait une révolution dans son genre (juste un jeu sympa et bien fait, au mieux). On sait qu’il existe une presse très lue qui affectionne particulièrement les jeux à thèmes progressistes. En revanche, la presse qui s’intéresse aux petits jeux d’action au gameplay un peu innovant est beaucoup moins lue, hélas, ou la concurrence y est alors plus sévère.
    On a besoin de vendre notre jeu, quand même, parce qu’on est fauchés. Pourquoi ferions-nous le jeu d’action plutôt que le jeu narratif progressiste ?

    Et si nous choisissons de faire le jeu narratif, pourquoi tous les petits studio dans notre situation ne feraient pas de même ? Parce que soyons sincère : faire un jeu au gameplay aussi intéressant que le scénario, c’est pas simple pour un petit studio (ni même sûrement pour un gros).

    Le problème ici, ce serait que la presse, en affichant une ligne politique très forte, incitent de nombreux dév indé à faire des jeux correspondant à leur critères (ici, jeu narratif progressiste), indépendamment des attentes des joueurs. Et ceci importe la ligne politique affichée. Là, il se trouve que c’est féministe et pro-LGBT, mais ce serait pro-life ou colonialiste que ce serait le même problème.

    Si ma petite parabole n’est pas absurde, comment rassurer les joueurs inquiets d’avoir de moins en moins de jeu indé au gameplay innovant ?

  • Martin Lefebvre Le 17 octobre 2014 à 00:04

    S’il suffisant de dire que Martin Lefebvre est "persuadé qu’ils sont sincères" pour prouver la sincérité de qui que ce soit, le monde serait beaucoup plus simple :) Rien que l’importante communication de Bioware sur les options pro-LGBT du prochain Dragon Age laisse douter que leur démarche soit purement désintéressée. Je ne dis pas que Bioware ait misé toutes ses billes sur ce genre de communication, mais juste que la situation est trop ambiguë pour que ta conviction personnelle suffise à clore le débat.

    Un principe pour raisonner c’est le rasoir d’Ockham : pourquoi faire compliqué, quand on peut faire simple... Je ne pense pas qu’un mec comme David Gaider qui a clairement énoncé sa position sur le GG calcule son coup. Il dit ce qu’il pense, il est au dessus de ça, chez BioWare ils ont plein de producteurs lambda pour sortir de l’eau tiède s’ils veulent.

    Franchement il y a plus d’emmerdes à avoir qu’autre chose. Les jeux BioWare sont progressistes depuis Baldur’s Gate d’une certaine façon. Tu as joué à Dragon Age : Origins ? Il y a déjà des romances homo, et Zevran est un perso bi plutôt sympa, avant que ce soit spécialement la mode. Parce que c’est ce qu’ils voulaient écrire je suppose.

    Parfois le progressisme vient d’ailleurs, c’est vrai, et les développeurs répondent aux demandes... des joueurs.

    Damion Schubert, plutôt conservateur mais qui bosse à BioWare Austin s’est clairement engagé contre le GG, sans qu’on lui demande je pense... Je crois que c’est lui qui rappelait que si les dév mettent en place des systèmes permettant le mariage gay c’est parfois parce que la communauté, celle qui poste sur les forums et fait vivre le jeu l’a réclamé... Et là, oui, c’est le boulot des développeurs de satisfaire leur communauté...

    Manveer Heir, qui a fait un speech à la GDC contre le racisme et la discrimination il y croit à fond. Il suffit de le suivre sur Twitter, c’est pas une posture.

    Et puis je vais te dire : le harcèlement, ils connaissent à BioWare. Parce que leur collègue Jennifer Hepler s’est fait pourrir par des sales types, sous prétexte qu’elle avait avancé qu’on pourrait joué à DA 2 (qui est un jeu très intéressant par ailleurs, un peu raté, mais intéressant) sans les combats. Et elle a raison de le dire, que ça attriste les gamers ou pas. Parce qu’ils se sont fait emmerdés comme pas possible sur ces questions de représentation des homos, parce qu’ils se sont fait lyncher pour la fin d’un jeu purée... Je pense que les dév de BioWare, on leur raconte pas...

    Le truc marrant aussi c’est que Sarkeesian a commencé à s’intéresser au JV après un atelier animé chez Bungie. C’est la faute de Bungie. :D

    Mettons qu’avec mon petit studio indépendant, nous réfléchissons au prochain jeu que nous allons développer. Nous sommes tous progressistes, et aimerions proposer de développements scénaristiques non hétéro-centrés ou questionnant l’identité sexuelle. D’un autre côté, nous aimons tous le gameplay fouillé et technique. Deux idées de jeux nous viennent : un jeu d’action très arcade, très fun, qui ne nous laisse la place à aucun développement scénaristique complexe ; un jeu centré sur l’ambiance et le scénario dont le gameplay n’est pratiquement qu’un accessoire de la narration. Les deux idées nous plaisent autant.
    Nous sommes très peu connus de la presse et pensons qu’aucune de nos deux idées ne serait une révolution dans son genre (juste un jeu sympa et bien fait, au mieux). On sait qu’il existe une presse très lue qui affectionne particulièrement les jeux à thèmes progressistes. En revanche, la presse qui s’intéresse aux petits jeux d’action au gameplay un peu innovant est beaucoup moins lue, hélas, ou la concurrence y est alors plus sévère.
    On a besoin de vendre notre jeu, quand même, parce qu’on est fauchés. Pourquoi ferions-nous le jeu d’action plutôt que le jeu narratif progressiste ?

    Il y a peut-être un effet de mode, j’en conviens. Après, comment dire... les indés ont besoin de visibilité parce qu’ils sont trop nombreux. Des gens qui font des puzzle platformers, il y en a des tonnes... Donc pour te distinguer, il faut vraiment être très très bon (et les très très bons marchent dans l’ensemble, hein).

    Des jeux narratifs bien fichus qui évoquent des thématiques sociales, il y en a peu. Et il y a une vraie demande (peut-être pas chez tes potes de 4chan mais news at eleven ils ne représentent qu’une minorité)... Du coup, évidemment qu’ils vont avoir de l’exposition, et peut-être même se vendre, où est le problème ? Il y en aura des overhypés pourris, c’est fatal, comme dans les autres genres, allez un peu plus vu que c’est un truc naissant... Mais aussi des très bons. Comme Paper’s Please, Dys4ia (qui est gratuit, paye ta manoeuvre commerciale) ou Hate Plus.

    Je veux pas être blessant, mais ton raisonnement est d’une myopie confondante concernant la manière dont fonctionnent les produits culturels... ou dont naissent les scènes. Des fois, l’idée a plus de valeur que l’exécution... Prenons une comparaison un peu outrée... Tes potes de 4chan ils ressemblent aux amateurs d’art académique qui voient arriver les impressionnistes... Ils sont scandalisés, comment mais c’est même pas dessiné, on voit les traits de pinceau... Bon. L’exemple est pas forcément bon parce que techniquement les impressionnistes sont très forts. Disons des gens qui ne comprennent pas que dans l’art contemporain ce qui compte parfois c’est l’idée plus que l’exécution. Que des fois un rock bien guttural avec deux accords c’est supérieur à une symphonie pompière...

    Je sais pas, que ça peut être plus génial de faire un jeu Twine qui parle de la dépression qu’un énième platformer super bien fichu mais déjà vu mille fois...

    On n’est pas obligé de partager ces valeurs, et on peut préférer le peintre académique ou la peinture pompière, mais au 21 ème siècle ne pas comprendre que bon, depuis le temps, les gens qui aiment les trucs un peu conceptuels ne sont pas juste des poseurs, c’est un peu... de l’inculture ?

  • Nicolas Turcev Le 17 octobre 2014 à 01:04

    Bioware a pas attendu qu’on se foute sur la tronche pour faire de la communication pro-LGBT. Ca date pas d’hier.

    Sinon, je ne pense pas que tu saisisses vraiment toute la réalité économique de la chose. Franchement, il y a quelque chose de fantasmatique a croire que le progressisme soudainement se vendrait mieux qu’un concept arcade éprouvé dont raffole les casuals et une bonne partie des joueurs assidus. Non sans déconner, Terra Battle vient de sortir, un puzzle game assez basique. 600K downloads en une semaine. Dans le même temps, t’as des jeux comme Depression Quest ou Gone Home qui sont joués par trois péons parce qu’ils ont été attirés par une thématique, une intention, qui doit être couchée sur papier, expliquée, pondérée, pour pouvoir saisir le propos. Le gameplay, le fun, la promesse d’addiction, ça se markete, ça se vend, c’est viral. Destiny. Borderlands. La presse n’a pas besoin d’être au chevet de tels jeux pour qu’ils se vendent, pas même s’ils sont indés. Angry Birds n’a pas attendu que la presse se penche sur son cas pour qu’il soit téléchargé par kilo-tonnes. C’est prenant, c’est rapide, efficace : "eh tu devrais tester, c’est super fun comme petit jeu" "Ok, je télécharge ça me prend 20 secondes". Le problème avec les jeux un peu "progressistes" (je mets entre guillemets parce que je suis pas fan du terme qui fait chasse gardée), c’est qu’ils ont besoin d’être repérés, expliqués au public, sur ce qu’est leur intention, leur sujet de fond. On a vraiment besoin de s’étendre sur un Tetris-like qui admettons rajoute un petit twist de gameplay pour le rendre intéressant ? Moins. Je ne dis pas qu’il ne faut pas le mentionner - et il me semble que la presse est loin de se limiter à promouvoir exclusivement le jeu indé "progressiste" -, il faut, mais on en a plus vite fait le tour quand tout ce qui est proposé est une mécanique déjà vue, qui ne porte rien, ne dit rien, autre que le jeu, le fun, l’amusement. C’est de l’instant-sell en soi, basta. Un petit coup de pouce de bouche à oreille, le marketing prend le relais, y’a un concept, une punch-line et hop, si c’est vraiment bon et bien fait, 100k, 200k, 500k, 1M de joueurs.

    Donc ce qui fait vendre du jeu vidéo, ce ne sont pas les thématiques progressistes, soyons sérieux deux minutes. Suffit de prendre 5min pour lire les charts chaque semaine.

    Le problème sous-jacent de ton scénario en plus ici, c’est que tu sous-entends que la presse jv a un agenda politique. Mais moi j’hallucine quand je lis ça. Allez sur Kotaku, Polygon, Gamasutra, vérifiez les front-pages, c’est à 90% du gros jeu, du gros éditeur, de la culture geek standard ou des problématiques de pur game-design. En ce moment c’est Destiny, Shadow of Mordor et Borderlands à foison. L’indé et le progressisme ça pop de temps à autres quand y’a quelques projets qui s’avèrent intéressants. Pourquoi ? Parce que ce qui se vend encore et toujours, ce qui permet de capitaliser, c’est le gros jeu AAA bien gras, le MOBA/MMO et les ptits jeux funs qui engrangent des centaines de milliers de joueurs occasionnels (addiction, phénomène, boucle). L’agenda de la presse spécialisée, surtout en ligne, c’est l’agenda de la thune et de la consommation effective de jv - et avec un peu de chance et quelques deniers de côté, on peut éventuellement se dégager un espace un peu plus orienté éditorialement-, pas un agenda idéologique.

    Quand je lis certaines choses, pas forcément ici, j’ai l’impression qu’on parle d’une invasion. Ca serait bien de s’en tenir aux faits comme aiment bien le rappeler les gateux. Et les faits, c’est que les camions de FIFA 15, Call of, Assassin’s Creed et autres League of Legends ne seront jamais remplacés par des camions de jeux progressistes à petit budget. Il y a une place pour toutes ces formes d’expression et c’est complétement erroné d’avancer qu’un traitement d’une scène empiète sur l’autre. Quand l’e-sport a explosé on n’a pas moins entendu ou moins valorisé la scène traditionnelle. Quand la VR et le mobile ont fait leur entrée, on n’a pas vu les AAA perdre de la place. Tout cela se superpose dans un mille-feuille finalement assez sain. Chaque mouvement peut avoir sa presse, KillScreen par exemple est particulièrement axé sur la question progressiste, mais ça n’implique pas nécessairement qu’il doit y avoir conflit, c’est absurde. Si les sites de jv généralistes comme Kotaku, IGN ou autres commencent à traiter de la question du progressisme, c’est parce que des créateurs ont commencé à bosser là-dessus et à matérialiser tout ça. Deal with it, ça s’en ira pas. C’est là, c’est posé, et ça existera en parallèle avec d’autres trucs. L’alarmisme de tout ce cirque relève quand même d’un aveuglement puéril. Suffit d’ouvrir son navigateur pour se rendre compte que l’industrie ne va pas être "gangrénée" par le progressisme. Eh ouais, ça se markete moins bien qu’un Mario, qu’un Zelda ou qu’un Assassin’s. Tout ce qui peut arriver c’est que par vases-communicants, certains jv AAA prennent en compte quelques crédos de cette nouvelle scène, mais ça n’ira jamais jusqu’à les phagocyter. Tout simplement parce que la culture se vend le mieux quand elle divertit, quand elle fait s’évader. Musique, cinéma, littérature, théâtre, ce n’est jamais - à quelques exceptions près - l’expérimental, le sociétal, le social, qui ont rempli les salles ou ont fait vendre des exemplaires. Bien sûr le jv est voué à se métisser parce que progressivement les courants vont s’entrechoquer, se transmettre des choses, mais rien ne disparaitra. Tant qu’un gameplay au cordeau est fun, potentiellement innovant, ça se vendra. Parce que c’est pop, accessible, distrayant.

  • Nicolas Turcev Le 17 octobre 2014 à 01:10

    Et un pavé affreusement moche et mal découpé bonjour.

  • Drad Le 17 octobre 2014 à 01:47

    les gens qui aiment les trucs un peu conceptuels ne sont pas juste des poseurs, c’est un peu... de l’inculture ?

    Mais de quoi tu parles ?! Qui t’as parlé de jeu conceptuel ou de poseurs ?

    Les jeux narratifs ont toujours existé sans être sujet de l’inquiétude dont je parle et, de toute façon, je ne vois pas en quoi ils seraient plus conceptuels qu’un Super Hexagon purement centré sur le gameplay. D’où tu me sors cette distinction ? La seule distinction que j’ai faite n’était pas sur la forme ou sur la présence d’un message ou d’un concept, mais sur le discours politisé ou non.

    Et même là, je n’ai absolument pas dit que ce serait un truc de poseur, ou que ce serait considéré par certains comme l’être, de développer ou de jouer à un jeu politisé. Je trouve ça cool les jeux politisés, et il y en a certains que je n’ai jamais vu être critiqués, au contraire, Papers, Please le premier.

    La seule chose que j’ai dite, c’est qu’en donnant aux considérations politiques un poids important, certains journalistes pourraient déformer l’offre par rapport à la demande, et que ceux qui aimaient surtout le gameplay (et il n’y a pas de raison de les mépriser pour ça, puisqu’il s’agit là surtout des les comprendre) craignaient de voir moins d’innovations dans ce domaine.

    Maintenant, si tu dis que la presse progressiste ne déforme pas l’offre de la demande mais, au contraire, incite à ce que soient produits certains jeux peu proposés mais très demandés, là, oui, c’est un argument à mettre en avant.

    Je pense vraiment que la phobie de voir le marché couvert de jeux politisés est du délire total, et que ces jeux n’en représenteront jamais une part importante. Mais leur part est croissante, ou du moins leur croissance est favorisée par certains journalistes. Dès lors, je peux comprendre que certaines personnes craignent que cette croissance finisse par déformer le marché. Aussi exagérée soit cette crainte, elle repose sur un certain raisonnement - bien trop simple, certes, mais cohérent -, et on ne peut dès lors la balayer en la qualifiant d’absurde et en espérant avoir convaincu qui que ce soit.

    De même, plus que la sincérité de Bioware, souligner qu’ils ont économiquement plus à perdre qu’à gagner en politisant leur jeu est un vrai argument. Le chiffrer le rendrait encore plus efficace.
    Et oui, je me souviens des romances homosexuelles de Dragon Age : Origins, que j’avais d’autant plus appréciées qu’elles m’avaient semblé tomber comme un cheveu sur la soupe (donc spontanées) - ce qui ne sera pas le cas dans le prochain épisode de la série.
    Pour ce qui est de ce que les choix de Bioware se calquent sur les demandes de sa communauté, c’est un argument assez difficile à manier, sachant que cette communauté s’est inévitablement transformée au fil de ces mêmes choix.

    Je commence à me sentir désolé de te demander de débattre sur ce qui te semble évident, et j’espère que l’agacement que je ressens chez toi n’est qu’une vision de mon esprit. Comprends que ceux que tu considèrent comme stupides sont mes "coreligionnaires" (pour rester dans le sujet), que je veux donc les aider à comprendre leur erreur et que vous m’aidiez à les y aider. L’objet de ce débat n’est qu’amour :)

  • Drad Le 17 octobre 2014 à 02:00

    Merci Nicolas. T’as parfaitement compris le point de vue que j’exposais et ta réponse y colle point par point.

    C’est con, mais à force d’entendre les mêmes arguments exposés sur le ton de l’évidence à longueur de journées, on a du mal à organiser clairement ses propres arguments pour les contredire. C’est là que l’aide de tiers est salvatrice. Donc merci à toi (et à Martin bien sûr).

    Maintenant, j’espère que j’arriverai à bien retransmettre tout ça :)

  • Drad Le 17 octobre 2014 à 02:12

    Je viens de comprendre que par "gateux" vous parliez des participants du GG et non de "gâteux", qui auraient pu être le petit nom donné aux réactionnaires par chez vous. Que la confusion soit volontaire ou non, c’est marrant.

  • Kid Le 17 octobre 2014 à 02:23

    Tu proposes inculture, j’ajoute intolérance. Je vais préciser ma pensée...

    Revenons un peu en arrière. Il y a un passage de SamoDrad qui m’a marqué :

    Tes papiers sur les GG ont peut être été utiles à court terme mais m’ont semblé manquer la cible, en ne parlant que de l’expression du problème (le GG) plutôt que du problème lui-même (l’inquiétude du dévoiement économique des jv par les progressistes).

    Passons sur le fait que j’ai rarement vu le développeur d’un jeu Arty, même super encensé et primé comme Papers, Please, dépasser le million de dollars de chiffre d’affaires. Là où des AAA rapportent des dizaines voire des centaines de millions. (je dis "passons" car la logique voudrait que les éditeurs continuent à produire majoritairement ce qui se vend le mieux, et non ce qui reçoit les meilleurs critiques de la presse, because actionnaires, mais je ne pense pas que l’on a besoin d’expliquer notre système économique).

    Passons aussi sur le fait que les jeux proposés par l’industrie des AAA dédiée aux "gamers" ne sont guère synonymes de gameplays innovants, ou en tout cas très rarement. D’ailleurs, Samo, j’aimerais que tu demandes à tes amis inquiets quels sont ces jeux au gameplay innovant.

    Et puis je vais aussi passer sur l’idée, tellement empreinte de pessimisme, qu’un jeu pourrait difficilement mêlé gameplay innovant/intéressant et propos/récit profond. (mon point de vue sur cet aspect, c’est que les éditeurs proposent les jeux que réclame son coeur de cible, ou ce qu’il pense que son coeur de cible désire. Mais je vous parie qu’on aura des jeux de ce calibre dès que l’industrie aura compris qu’elle aura beaucoup de dollars à se faire auprès d’autres publics... un jour).

    Ce qui me dérange, c’est que SamoDrad demande, en gros, que l’on rassure ses amis.
    Des amis qui pensent étrangement que l’essor des jeux plus ou moins arty va faire disparaitre les jeux que les "gamers" apprécient. Alors quec’est incompatible avec la réalité économique de l’industrie du jeu vidéo contemporaine.
    Des amis qui pensent qu’un gameplay (soit-disant) innovant va se diluer dans les idées progressistes (comme si c’étaient des forces opposées).
    Des amis qui pensent que la presse, qu’une certaine presse, peut influencer les éditeurs au point que ces derniers aillent à l’encontre de leurs intérêts (faire de l’argent).
    A une époque où les Youtubers ont pris le pouvoir "d’influenceur" auprès des jeunes, et qu’il reste les plus vieux pour lire des mots (oui oui, je grossis le trait ^^).

    Cela n’a aucun sens. Comment veux-tu rassurer une crainte irraisonnée ? Donc, oui, il y a déjà un problème d’inculture (et de refus d’essayer de comprendre ce que certains répètent, ce qui peut aussi se comprendre quand le débat part dans tous les sens et que chacun s’insulte).

    Mais, à mon sens, il y a aussi une forme d’intolérance. Car, en gros, ces gens, ces "gamers", s’inquiètent - vivement - pour un mirage, alors qu’ENFIN le jeu vidéo s’adresse (ou commence à s’adresser) à davantage de profils, de goûts, d’envies.

    Personnellement, je commençais à m’ennuyer dans les années 2000, avec une production qui me paraissait souvent fade, avec ces clones, ces formules, ces suites, ces gameplays reproduits à l’infini. Or depuis quelques années, je revis. Je peux alterner entre un FPS bourrin, un Papers Pleaser, un Mass Effect, un simulateur de tiroir, un Brothers, un Tomb Raider, un Stanley Parable, blabla. Mais je ne suis qu’un vieux joueur. Il y a tellement de gens différents sur cette planète, qui pourraient trouver chaussure à leur pied si on l’osait. Tous les gens que l’on connait qui ne jouent pas. Qui n’aiment pas le jeu vidéo.

    Bref, au lieu d’avoir peur, il serait bien plus agréable de permettre aux autres, aux gens différents, aux étrangers, aux autres cultures, de s’amuser à leur tour. Que chacun tolère les envies des autres.

    Il y a de la place pour toutes sortes de jeux. Ce n’est pas la presse qui décide, c’est le marché. Tant que les "gamers" voudront du (c’était mieux avant), qu’ils paieront pour, des éditeurs leur en proposeront.

    Encore faut-il laisser le marché s’épanouir pour que d’autres joueurs nous rejoignent (au-delà de toute idée de communauté). Or c’est bien cette mutation qui pose problème, au fond, non ?

    J’ai une question sans queue ni tête. Il y a donc plein de gens qui, au fond, ont peur que le progressisme pourrisse - en gros - tous les jeux vidéo, parce que une certaine presse encense les jeux qui abordent le progressisme. Mais alors, pourquoi personne ne s’inquiète du succès économique des Véhicule X Simulator ? Car les éditeurs, voyant tout l’argent que se font les créateurs de Farming Simulator ou Euro Truck simulator, pourraient faire disparaitre tous les gameplays innovants au profit de simulateurs très proches de la réalité et un peu lent. Raisonnement par l’absurde, mais vous voyez l’idée ?

    Au fond, le problème, c’est simplement qu’il existe des jeux dits "progressistes". C’est leur existence qui pose problème, pas leur hypothétique influence sur le reste de l’industrie. Juste l’intolérance envers ces jeux. Et, par extension, envers d’autres publics de joueurs.

    Et comme par hasard, qui sont les figures détestées par le GG (enfin, par sa frange la plus extrême) ? Des femmes.

    Au final, on en revient aux textes qui ont initié le GG en réaction, sur la "mort du gamer" (ce sont ces titres qui nous ont bien pourri le débat, aussi), qui ne disaient rien d’autres : stop à l’intolérance et par extension, pour certains, à la misogynie. Il est temps de grandir. Il est temps d’accepter la critique, et d’y répondre de façon mesurée.

    Et d’accepter que nos jeux peuvent en côtoyer d’autres, de toutes sortes, de toutes formes, et pour tous.

  • Kid Le 17 octobre 2014 à 02:32

    Je note que j’aime bien écrire "au fond". De la nuit ?

    Bon, si j’avais pu voir le message de Nicolas avant, j’aurais pu dormir en fait ;-)

  • SamoRdad Le 17 octobre 2014 à 04:29

    Bon, si j’avais pu voir le message de Nicolas avant, j’aurais pu dormir en fait ;-)

    Mais non, il y a des points que tu soulèves en plus qui sont intéressants ;)

    C’est surtout ta façon d’aborder la question de l’intolérance qui m’a fait réalisé un truc tout con. Clairement, les joueurs dont je parle se disent ouvertement intolérants aux activistes progressistes - car craignant qu’ils dévoient la scène - mais ne sont pour la plus part pas activement racistes, sexistes, homophobes ou transphobes. Ce schéma m’a fait rapprocher la crainte que je décris d’une autre crainte plus commune, face à laquelle les différents arguments que vous avez développés se retrouvent assez bien : la crainte, exprimée parfois agressivement, que l’activisme progressiste dévoie les décideurs publics de "problèmes plus importants".

    Ce parallèle fait, la question me semble bien plus simple à aborder. Dans les deux cas, il ne s’agit pas d’une intolérance active, qui consisterait à vouloir nuire à certaines personnes (type Manif pour tous ou GG), mais d’une intolérance passive, qui consiste à ignorer, volontairement on non, que des personnes sont dans une situation suffisamment douloureuse pour qu’il soit utile au groupe de leur venir en aide.

    Ce qu’il y a de bien avec cette intolérance passive, c’est que le dialogue raisonnée a vraiment une chance de la vaincre, puisqu’elle est davantage animée par l’ignorance que par la haine.

    Leur faire comprendre que produire des jeux progressistes n’empêchera pas d’autres jeux d’être produits, car il y a assez de développeurs pour produire tout type de jeu, reviendrait par exemple à dire à certains que faire passer des lois pour l’égalité femme-homme n’empêchera pas d’autres questions d’être abordées, car il y a assez de personnes pour se pencher sur chaque problème rencontré par notre société.

    De même, faire comprendre à certains qu’on peut inclure des homosexuels en leur donnant le droit de se marier, sans que cela n’ait un coût pour la société, reviendrait à faire comprendre à d’autre qu’on peut inclure des homosexuels via certains jeux en leur permettant d’y jouer des romances leur convenant, sans que cela nuise à l’expérience globale des autres joueurs.

    Mon épiphanie doit vous paraître bien naïve, j’imagine, mais je n’avais pas réalisé à quel point ces questions pouvaient être aussi bien traitées en parallèles, selon les mêmes méthodes. Dès lors, il me parait aussi inutile de s’étaler sur le GG que sur la Manif pour tous. Les efforts doivent se concentrer là où ils peuvent être utiles : auprès des "intolérants passifs" (ok, ce terme est vraiment pas top), en démontrant l’incohérence de leurs craintes et les bénéfices, peur eux gratuits, dont ils privent certains joueurs.

    Kid, je te laisse libre de penser que ces craintes sont trop irraisonnées pour être vaincues ; j’ai de mon côté vu assez de personnes les perdre sur le plan politique pour être confiant sur le plan vidéoludique.

  • Kid Le 17 octobre 2014 à 09:52

    Kid, je te laisse libre de penser que ces craintes sont trop irraisonnées pour être vaincues ; j’ai de mon côté vu assez de personnes les perdre sur le plan politique pour être confiant sur le plan vidéoludique.

    Je disais en référence au fait que ça fait des semaines que je répète que certains voient un problème là où il n’y en a pas, et qu’à force, ça me fatigue et que je ne sais plus quoi faire ou dire de plus ^^

    De même, faire comprendre à certains qu’on peut inclure des homosexuels en leur donnant le droit de se marier, sans que cela n’ait un coût pour la société, reviendrait à faire comprendre à d’autre qu’on peut inclure des homosexuels via certains jeux en leur permettant d’y jouer des romances leur convenant, sans que cela nuise à l’expérience globale des autres joueurs.

    Exactement. Cela me rappelle une polémique que j’avais lu peu après la sortie de Mass Effect 3. Des joueurs se plaignaient ardemment que leur Shepard avait des relations homos, que c’était inadmissible et que c’était encore un coup du vil lobby LGBT.

    Alors moi j’ai lu ça, et j’ai fait cette tête : o_O

    Parce que pour que Shepard soit gay, il fallait le choisir, et draguer à fond certains personnages du même sexe. Le choix était offert. Mon Shepard était 100% hétéro (et puis pas super fidèle, le coquin ^^).
    Mais si j’avais voulu que mon Shepard soit gay ou bi (je ne sais pas si c’était possible), pourquoi pas ? C’est un jeu vidéo, ça aurait pu être drôle de jouer un personnage qui ne me ressemble pas !

    Donc je n’ai pas compris si ces joueurs étaient juste bizarres, ou s’ils voulaient simplement qu’il n’y ait pas la possibilité d’avoir un personnage gay, ou les deux. Dans tous les cas, difficile de discuter...

    Au fond, c’est simple, je suis pour le choix. Je ne veux pas qu’on impose. Je ne veux pas que tous les jeux véhiculent un message "progressiste", pas plus que je ne souhaite la disparition du choix offert d’incarner un personnage différent de nos propres orientations (sexuelles ou autres). Or le marché s’adapte à toutes ces configurations,et on commence à avoir des jeux qui s’adressent à davantage de profils (soit des AAA avec des choix comme Mass Effect, soit des petits jeux arty que seuls ceux qui veulent de la diversité - genre, moi - achèteront. Tout le monde bénéficie de la diversité. Il ne faut pas exclure.

  • BlackLabel Le 17 octobre 2014 à 13:57

    Martin :"Disons des gens qui ne comprennent pas que dans l’art contemporain ce qui compte parfois c’est l’idée plus que l’exécution. Que des fois un rock bien guttural avec deux accords c’est supérieur à une symphonie pompière..."

    Alors là je sors du sujet de l’article, mais peut-être pas tant que cela. Je dirai que c’est l’idée ET l’exécution. Ou encore quand la technique se met au service de l’art. Pour le jeu vidéo par exemple, en ce moment en jouant au dernier Sherlock Holmes je pourrais noter d’innombrables défauts techniques. Sauf que je m’en fous, car le jeu ne repose pas là-dessus, là où les AAA ont généralement pas le droit de se planter (symphonie pompière). La technique du jeu, c’est reproduire des décors avec des détails, donner corps à des personnages, et ça, c’est réussi dans Sherlock. Peu importe la distance d’affichage faiblarde et autres soucis.

    La technique artistique atteint son apogée quand on ne la distingue plus. Chez Dostoïevski ou certains romans de Steinbeck, le style est d’une platitude étudiée, sans la lourdeur du mauvais écrivain (ou écrivain amateur), sans la virtuosité des grands auteurs français, c’est au-delà, les mots s’effacent aussitôt lus, et on ne retient que le propos. Le style s’efface derrière le roman. C’est d’une immense humilité.

    L’impressionnisme produit le même effet sur moi ; je ne vois pas des coups de pinceaux, je n’admire pas le sens du détail ou la précision du pinceau ; je vois une scène, un paysage, un portrait. Au cinéma, oui il y a des caméras virtuoses, mais il y a aussi des films dont on ne retient rien du point de vue technique, car ils vont à l’essentiel, ne jouent pas avec le contraste clair/obscur ou autre langage cinématographique (bien qu’il y ait toujours langage, mais réduit au minimum). Ils montrent.

    Quand je jouais à The Walking Dead, je trouvais ça beau, j’étais réceptif aux expressions faciales. Heavy Rain ou LA Noire, non. C’est impressionnant de manière passagère.

    Donc je dirai que ce qui est supérieur, ce n’est pas le degré de maîtrise de la technique (car cela, ça repose aussi sur des capacités personnelles que tout le monde n’a pas), mais la capacité à en extraire le jus, à éxecuter son idée le plus fidèlement possible. Ou comment Walking Dead avec ses visages exagérés transmet des émotions plus directement et authentiquement qu’un Beyond Two Souls avec ses millions de dollars en budget.

  • BlackLabel Le 17 octobre 2014 à 14:18

    Double post, désolé.

    Kid :"Au fond, c’est simple, je suis pour le choix. Je ne veux pas qu’on impose. Je ne veux pas que tous les jeux véhiculent un message "progressiste"

    Personnellement je veux qu’on m’impose. Je trouve ça obscène qu’on puisse choisir l’orientation sexuelle d’un personnage. Si un héros de jeu vidéo doit être homo, je ne veux pas de ça parce que c’est progressiste, rien mais alors rien à battre des valeurs de la société défendues par le jeu vidéo. Je veux que le héros soit homo parce que les créateurs ont une volonté artistique derrière. Je veux jouer une femme parce que les créateurs ont pensé à un gameplay, une histoire, n’importe quoi !, avec une femme. Parce qu’ils ont quelque chose à dire sur le sujet, ou parce que c’est pertinent d’un point de vue fictionnel.

    Jouer une femme dans Heavenly Sword, c’est de la pure connerie. C’est God of War avec une paire de seins. Jouer le dernier Tomb Raider, pareil. À part geindre pendant 10 heures, Lara Croft se bat comme Nathan Drake, qui lui non plus n’a pas grand-chose d’un homme ; force herculéenne, guérison aux blessures automatiques.

    Quand on veut jouer une femme dans Assassin’s Creed, je trouve ça aussi profondément idiot que le jeu lui-même. Ça n’a rien de progressiste, c’est du caprice de joueurs. Et après le marketing s’adapte, et les jeux sont encore plus informes.

    Et il est là le principal problème du jeu vidéo ; la plupart du temps c’est maladroit ou putassier, la plupart du temps on incarne des coquilles vides, des personnages auxquels le gameplay ne donne pas corps, et c’est aussi vrai dans le AAA et que dans l’indé. Le jour où il y aura une femme dans GTA, elle portera quinze mitraillettes cachées dans sa poche magique. On parlera de progrès ? J’espère que non.

  • Kid Le 17 octobre 2014 à 14:51

    Blacklabel, ce n’est pas parce que qu’on joue une femme ou un homo que les créateurs du jeu ont forcément une volonté "progressiste". C’est juste que dans la vie, il y a des hommes, des femmes et des wookies, et qu’ils peuvent avoir des orientations sexuelles distinctes. Alors pourquoi pas l’un ou l’autre, ou peu importe ?

    Et puis je vais pas jouer à God of War ou Tomb Raider pour vivre une aventure réaliste (bien au contraire).

    Donc j’en reviens à la diversité : des jeux où on impose le perso, où on l’impose pas, peu importe, il faut de tout.

    Et en ce qui concerne les features magiques propres aux jeu vidéo (guérison auto, 15 armes dans GTA) : ça fait partie du "jeu". Libre aux studios de proposer des jeux plus réalistes, en sus de ce que l’on connait déjà. Ce ne serait même pas du progrès, juste un choix de jeux plus réalistes...

  • HN Le 17 octobre 2014 à 17:09

    la crainte, exprimée parfois agressivement, que l’activisme progressiste dévoie les décideurs publics de "problèmes plus importants".

    Il s’agirait de leur faire également comprendre que le racisme, le sexisme, l’homophobie, sont en effet des problèmes beaucoup plus importants que le gameplay ou la sauvegarde des AAA... Avec des victimes et tout.
    Il y a des mecs pour qui le gameplay ou un jeu qui brille est plus important que le bien-être de certaines personnes et l’image qu’on donne de ces derniers dans la société.
    C’est la que je me dis que certains sont quand même soit sacrément déconnectés (politiquement et socialement), soit de mauvaise foi.
    On est en plein dogme quand on croit que les jeux vidéos et le monde réel sont totalement déconnectés.
    Et je me dis qu’une petite diffusion de ExistenZ ne ferait pas de mal à certains...

    Bon week-end à tous.

  • BlackLabel Le 19 octobre 2014 à 16:37

    Kid :"Blacklabel, ce n’est pas parce que qu’on joue une femme ou un homo que les créateurs du jeu ont forcément une volonté "progressiste". C’est juste que dans la vie, il y a des hommes, des femmes et des wookies, et qu’ils peuvent avoir des orientations sexuelles distinctes. "

    Évidemment, je ne dis pas le contraire ; je parle de pertinence. Mettre des homos, des femmes, ou des orientations sexuelles pour toucher un plus large public, c’est débectant. Tout autant que le héros Blanc, brun, trentenaire qui correspond au plus large profil de joueur.

    Kid :"Et en ce qui concerne les features magiques propres aux jeu vidéo (guérison auto, 15 armes dans GTA) : ça fait partie du "jeu". "

    Non. Radicalement ; non. C’est une solution de facilité, c’est de la fainéantise et parfois, souvent même, une incohérence crasse avec le style de jeu. Proposer des graphismes tirant vers le réalisme, et des features complètement abstraites, c’est de la nullité conceptuelle.

    Les jeux n’ont pas tous besoin d’être réalistes ; mais concrets, crédibles, etc., ça a une grande importance. Il y a de nombreuses voies à explorer niveau gameplay qui sont délaissées parce qu’on sert toujours la même soupe, et parce que les incohérences on s’en fout puisque "c’est juste du jeu vidéo".

    C’est d’ailleurs un des points qui me fâche avec le gamergate, et les joueurs en général ; ils veulent qu’on prenne leur loisir au sérieux, mais dès que tu pointes des soucis du doigt c’est "Mais c’est du jeu vidéo ! Tu t’attends à quoi ?"

    Au lieu de se construire sur des acquis solides et pertinents, le jeu vidéo s’enfonce dans des clichés narratifs et ludiques dont il ne sort que dans des rares titres ici et là. Aujourd’hui où on est bombardé de shooters, lequel a un système de rechargement des armes à feu concret ? C’est-à-dire ; dans lequel change-t-on réellement le chargeur, au lieu de remplir miraculeusement le vide dans celui dans notre arme ? Et ça s’applique à énormément de détails, tous ces petits détails qui font la différence entre un jeu qui te plonge dans une aventure, et les jeux idiots qui pullulent.

    Mais va expliquer ça aux joueurs, ils ne voient pas l’intérêt, parce que ce type de jeux est tellement rare qu’ils ne peuvent pas influencer l’évolution du média. Par contre Call of Duty ou Uncharted, oui.

Laisser un commentaire :

Qui êtes-vous ? (optionnel)
Ajoutez votre commentaire ici

Suivre les commentaires : RSS 2.0 | Atom

© Merlanfrit.net | À propos | web design : Abel Poucet